LA TUMEUR À NEUTRONS




(Passage tiré de la deuxième édition à venir du roman « La conférence »)

Nathalie
Si vous permettez, j’aimerais revenir sur cette question de la mort juste introduite par Denise. Dans certaines cultures millénaires, il est enseigné que les étoiles sont des dieux. Les dernières découvertes en physique quantique dont vous avez fait allusion en témoignent. Je pense plus particulièrement ici à ce résidu d’une étoile mourante, une « naine blanche » pour étayer mon raisonnement. J’ai l’impression qu’il y a une certaine analogie, concernant la question de la mort, entre la mort d’une étoile, telle une naine blanche, et le développement d’une tumeur cancéreuse chez l’humain. Pourriez-vous me confirmer si mon impression est plausible?

Conférencier
Je pense que votre questionnement est très à propos. Je prendrai donc quelques minutes pour expliquer mon point de vue, disons cosmique, sur le cancer. Si l’on exclut les causes génétiques et environnementales, lesquelles demeurent des causes reliées à l’environnement, faut-il le préciser, nombre de cancers sont, selon moi, selon mon expérience en tant qu’oncopsychologue, en lien direct avec des facteurs environnementaux d’ordre spécifiquement relationnel humain, voire avec des épreuves significativement intenses. Je pense ici à tous types de cancer qui arrivent trop précocement dans le cours de la vie, certes, mais également à la mort, naturelle celle-là. Les électrons de notre corps se doivent, potentiellement, d’être enchevêtrés avec tous les électrons des êtres et des choses qui surgissent dans le cours de notre existence, de part en part, à l’infini voire cosmiquement. Rappelons-nous, l’air que nous respirons, à chaque inspiration, est composé de centaines de milliards de milliards d’atomes datant du Big Bang! Nous avons déjà établi que lorsque la Présence sied, conséquemment à l’atteinte de la non-dualité et du non-désir, tout notre être voire tout notre corps énergétique est implicitement en harmonie avec le Cosmos avec lequel nous ne formons dès lors qu’UN. Or, lors d’une situation éprouvante, que le stress causé soit aigu ou chronique importe peu ici, le corps énergétique est freiné dans son expansion cosmique, ce qui a pour effet de réduire l’ouverture sur le monde empêchant du même coup la Présence. Vous aurez compris qu’une semblable situation éprouvante peut revêtir nombre d’aspects : conflits familial, parental, amoureux, professionnel, etc., en fait toute situation source de souffrance empêchant la Présence libre et totale, l’union cosmique. Nous avons vu que l’enfance à elle seule contribue inéluctablement, avec sa construction de l’ego, à une limitation de l’existence empêchant cette Présence. En pareilles circonstances une dualité non efficiente, voire réductrice de l’existence, est vécue de façon extrême, le flux énergétique est coupé et ce, de façon unique pour chacun. En semblables situations, la lumière artificielle des fuites et des compensations vient pallier la véritable Lumière propre à une existence où le murmure intérieur du passé et du futur limitatif de l’existence, voire d’une dualité réductrice de l’existence, s’est tu. Or, toute source artificielle se tarit un jour ou l’autre. Dès lors, ce murmure intérieur, avec son lot de peurs, de doutes, de regrets et d’incertitudes reprend inlassablement. En conséquence, la signification de cette dualité réductrice de l’existence se corporéise en tumeur. Pourquoi? Ainsi freinés, les électrons de notre corps, selon moi, seraient réfléchis pour ainsi dire et renvoyés à l’émetteur, la personne éprouvée, se cristallisant dès lors sous forme de tumeur. Un tel processus se fait généralement non volontairement, non consciemment. Parfois, je l’ai mentionné préalablement, cela peut se faire par des idées très conscientes de « désir de mort ». Plus radical encore, le passage à l’acte par le suicide. Il y a implosion, une crispation, un recroquevillement sur soi, j’oserais dire fusion, comme dans fusion nucléaire. Les électrons de l’étoile se cristallisent à la suite de leur fusion avec les protons pour former une naine blanche, une étoile à neutrons et analogiquement, chez l’humain, une « tumeur à neutrons », dirais-je.

Imaginez un être humain telle une lumière diffusant à 360o. Placez au-dessus de cette lumière un dôme opaque et abaissez-le graduellement (stress conséquent à une épreuve chronique) ou rapidement (stress conséquent à une épreuve aiguë) au-dessus de cette lumière, de cet être humain pour ainsi dire. Nous sommes, nous humains, des êtres de lumière dont les électrons gravitant au-delà de notre corps physique sont composés de photons, des grains de lumière qui se doivent d’être en expansion continuelle et totale avec tous les éléments du Cosmos. Donc si rien n’est fait pour relever ce dôme, la mort, tout comme chez une étoile telle la naine blanche, est assurée. Une naine blanche, laquelle représente la majorité des étoiles, meurt puisque la fusion nucléaire conséquente aux réactions entre des noyaux d’atomes légers fusionnant entre eux et lui servant de combustible s’arrête. Chez l’humain, ce qui nous sert de combustible ce sont nos relations usuelles quotidiennes avec les êtres et les choses du monde, bref « des noyaux d’atomes légers » avec lesquels nous fusionnons en quelque sorte. Dès lors, chez l’étoile, la gravité prend le dessus, sa densité devient phénoménale, elle s’effondre. Chez l’humain, une épreuve en apparence insurmontable, générant impuissance et désespoir, est source d’une souffrance tout autant phénoménale. Malgré sa perte de combustible, la taille de l’étoile reste stable et lumineuse tout en perdant de son éclat graduellement. Si, malheureusement, vous avez perdu un proche du cancer, vous pouvez assurément témoigner de cette « perte d’éclat » chez cet être dont la vie est phénoménalement menacée. Ceci parce que même sans carburant, chez l’étoile, il reste tout de même un équilibre fragile entre la gravité des particules entre elles, lesquelles tendent à se comprimer et les électrons qui, répulsivement, veulent s’en écarter. Chez la grande majorité des personnes atteintes précocement de cancer, le réconfort des proches, de pair avec l’apport de notre médecine traditionnelle, tels des ersatz à notre combustible primaire défaillant, joue un rôle identique aux électrons répulsifs chez la naine blanche. Ainsi l’espoir surpasse le désespoir, un combat pour la survie s’engage. Les moyens les plus utilisés par notre médecine traditionnelle pour relever ce dôme, bref pour traiter voire assurer la survie de l’amas de résidus nucléaires que nous sommes sont connus : chimiothérapie, radiothérapie, immunothérapie, hormonothérapie, etc. Force est de constater que très peu est fait pour tenter de comprendre pourquoi ce dôme s’est abaissé afin de « traiter la racine du mal », comme nous l’enseigne la philosophie chinoise avec comme conséquence, généralement, un être condamné à une pharmacologie des plus impressionnante à ingurgiter pour le reste de sa vie sinon à une récidive à court ou moyen terme avec les résultats inquiétants que nous connaissons sur les proches, ces « générations d’étoiles restantes ». Il nous faut trouver une façon pour que cette personne malade puisse radier à nouveau à sa totale et libre potentialité naturelle cosmique afin qu’elle cesse d’avoir besoin d’être irradiée artificiellement, mais, pour ce faire, il importe qu’elle soit traitée globalement. En ce sens, la thérapie telle que je la propose est certes une bonne façon d’y arriver soit en traitant la racine du mal quoique certaines procédures puissent y être intégrées. C’est ce sur quoi je réfléchis actuellement.

Yannick
À cet égard, j’ai l’impression que Carlos Castaneda vous proposerait quelques procédés chamaniques pour peaufiner votre thérapie.

Conférencier
En effet, Castaneda et ses semblables en matière de chamanisme peuvent, possiblement, être aidants. Certes, il ne faut pas confondre « thérapie chamanique » et sorcellerie. Carlos Castaneda maintient que l’homme de connaissance, le guerrier ou chaman est celui dont le pouvoir est désormais fondé sur une volonté éclairée et non plus basée sur la contrainte et l’ignorance, source de dualité réductrice de l’existence. L’ignorance étant de réagir uniquement à nos propres projections, à notre propre vision du monde au lieu de voir ce qui est. Pour y arriver, toujours selon Castaneda, un tel homme doit avoir mis fin au dialogue intérieur du passé et du futur toujours limitatif de l’existence, bref avoir mis fin aux limites imposées par l’enfance. Nous entrevoyons et arrangeons le monde en fonction de notre vision de celui que nous ont imposé l’enfance et certains drames vécus de l’existence adulte; l’œil a déjà vu avant même d’avoir vu, alors que cet œil devait être une fenêtre par laquelle le monde, êtres et choses, pénètre en nous : entrevoir le monde au lieu de simplement le percevoir. Cela revient à dire que c’est le corps, comme véhicule cosmique, véhicule de l’être-au-monde qui seul peut témoigner du monde et non la raison qui n’en crée qu’une représentation limitative, partielle, contraignante et ignare de ce qui est réellement l’existence. Il s’agit de mettre fin, pour le malade, à quelques décennies de pouvoir anthropologique de son raisonnement (l’acquis, l’âme, la conscience émotionnelle), le tonal selon Castaneda et ce, afin d’accéder à 13,8 milliards d’années de savoir cosmique en lui (l’inné, l’Âme, la conscience cosmique) le nagual, toujours selon Castaneda, résidant en chacune de ses cellules – de ses atomes et de ses électrons – lesquelles sont, depuis toujours en union avec le Cosmos. Ainsi, le thérapeute chamanique, par sa connaissance du monde, amène le patient non pas à nier ni à oublier son passé, mais d’abord à l’intégrer, à s’en faire un allié, bref il doit l’amener à réorganiser lui-même sa représentation du monde, ici limitative de son existence, pour la faire passer à une existence qui soit Présence vécue ici maintenant; librement, totalement, authentiquement. L’équilibre énergétique étant ainsi rétabli, équilibre cosmique disons-le, le corps de notre malade se rééquilibre. La santé, tout comme la maladie, est l’équilibre de l’union triadique des trois composantes de toute existence que sont le spirituel, le psychologique et le physique. Si une telle démarche est réussie avec le malade, c’est son inconscient individuel qui se voit transformé. Ce faisant, c’est, intrinsèquement, l’inconscient collectif qui se voit au même instant transformé. C’est également une façon de contribuer aux fondements d’un monde vibratoire énergétique en harmonie avec les lois du dessein universel, ce que nous avons nommé l’inconscient cosmique. Considérant que ce champ d’activité qu’est la thérapie chamanique n’est pas très bien perçu par la psychologie et la médecine traditionnelles, vous êtes à même de réaliser que leur mise en application concrète est impensable dans nos sociétés postmodernes quoique dans d’autres cultures cela se conçoit et se pratique sans contrainte depuis des millénaires. Il ne s’agit pas de renoncer à ce que notre médecine nous offre, absolument pas, mais à pousser plus loin notre réflexion et, par le fait même, notre intervention. Une médecine qui se dit globale devrait, lorsque la chose est possible et lorsque le patient est ouvert à une telle démarche, l’amener à transformer sa vision du monde pour le faire accéder à une vision cosmique de son existence où la Présence se substitue à une simple présence, voire une existence égocentrique, au détriment d’une existence cosmocentrique. De là, une guérison totale et durable. Or, pour qu’elle soit durable, cette guérison est à maintenir afin de préserver l’ego désormais intégré et de l’amener à se dissoudre dans la conscience universelle, cosmique. Comme Nathalie a posé sa question en notant la mécanique quantique, je terminerai ma réponse en évoquant le grand physicien américain David Bohm concernant la théorie de « l’ordre implicite » fondé sur l’holisme. Cette hypothèse rejette le dualisme, la séparation entre la conscience et la matière, plus précisément en ce qui nous concerne, le corps humain; au contraire, il y a relation entre matière et conscience. Dans ce modèle, l’esprit et la matière sont perçus comme des projections d’un ordre plus profond, un ordre implicite sous-jacent et expliquant notre réalité vécue. Voilà mon point de vue. J’espère, madame, que j’ai répondu à votre questionnement.

Nathalie
Concernant la mort naturelle, que dites-vous?

Conférencier
À cet égard, le dôme commence à s’abaisser dès notre naissance : vie et mort ne sont qu’un. La seule façon de conserver ce dôme ouvert, si je puis dire, est de garder à l’esprit que la mort est une aberration étant donné qu’à sa venue je retournerai quelques kilos de poussières d’étoiles au Cosmos : rappelons-nous, le corps est un véhicule cosmique. Un voyage qui devrait durer le temps de notre univers, soit une centaine de milliards d’années.


Magella Potvin