MANIFESTE PHILOSOPHIQUE SUR LA POLITIQUE QUÉBÉCOISE


(Photo http://www.theimaginativeconservative.org)


L’ennemi numéro un actuellement pour la société québécoise est le cynisme en tant que conduites contraires aux conventions sociales et aux règles morales, et c’est malheureusement là une évidence à l’égard de nombreux domaines: politique, juridique, policier, professionnel, journalistique, sportif, syndical, coopératif, religieux et civique. Le cynisme résulte d’une contradiction entre d’une part ce à quoi nous aspirons comme individu et, d’autre part, ce que cette société nous offre voire la décadence de l’ensemble de ses œuvres. Tout comme on reconnaît un individu à ses œuvres, on reconnaît également une société à ses œuvres lesquelles constituent l’essence de son Esprit, de son Âme. Si pour un individu on attache un inconscient individuel, une société possède elle aussi un inconscient, collectif celui-là. Les œuvres d’une société traduisent le but de ses dirigeants. Lorsqu’elles sont signe de décadence, c’est qu’elles tiennent d’une volonté tristement subjective, égocentrique et narcissique à la recherche du pouvoir et de l’ambition. De là la corruption sous toutes ses formes. Loin d’avoir une volonté éclairée comme substrat, de telles œuvres sont le fruit d’une volonté marquée par la contrainte et l’ignorance découlant de passions non intégrées. Or la passion, c’est connu, s’oppose généralement à une réflexion critique, à une sagesse pragmatique. Des individus « mal intentionnés » menant à la ruine et au déclin de leur société qu’ils disent pourtant aimer. Cinquante années d’une dualité réductrice postrévolution tranquille entre le Parti libéral et le Parti québécois témoignent de la caducité du système politique québécois actuel. Il importe donc que certains de ses plus hauts dirigeants de la prochaine Assemblée nationale du Québec soient au départ des hommes et des femmes eux-mêmes libérés d’une conscience, initialement égocentrique, des hommes et des femmes dotés d’une conscience éthique. Bref des hommes et des femmes pourvus d’une volonté éclairée, capables de choisir délibérément l’intégrité dans la poursuite du Bien commun et ce, autant dans les moyens utilisés que dans la fin visée.

Seule une démarche philosophique, comme forme de pensée sur ce qui s’est passé au Québec depuis les cinquante dernières années, sur la contradiction entre ce à quoi nous aspirons et ce que nous constatons, bref sur cette rupture entre le virtuel et le réel, peut conduire à une transformation du Québec actuel. À cela s’ajoute le fait que notre monde lui-même change continuellement. En ce sens, il importe d’insérer le Québec dans la période historique actuelle à laquelle il prend part : multiculturalisme et mondialisation. Dans une telle perspective, peut-être devrions-nous imaginer un Québec non plus comme « société distincte » mais comme « société de la globalité ». La démarche philosophique est une prise de conscience, un moment décisif conséquent à une réflexion critique conduisant à un principe plus élevé que seule peut introduire une pensée qui cherche à voir plus loin que l’empirisme les données immédiates qui tombent sous les sens. La philosophie est une recherche de sens et c’est pour cela qu’elle relève de la spiritualité, cette dimension de toute existence humaine, sans rapport avec la religion, je précise, malheureusement obnubilée à tort par le mouvement de laïcisation propre à notre Révolution tranquille. La quête philosophique, plus qu’une simple interprétation de ces données immédiates, reflets de notre décadence, vise à opérer une transfiguration par une ré-interprétation de ces mêmes données. Un tel regard philosophique opère une réconciliation, de façon dialectique pour ainsi dire, entre le cynisme découlant d’une décadence constatée et les aspirations spirituelles voire éthiques d’intégrité, de justice et d’égalité légitimes auxquelles tous les êtres humains, plus spécifiquement tous les Québécois, sont en droit d’exiger de leurs gouvernants et ce, dans tous les domaines d’activité. La dialectique comme méthode philosophique est à la fois conservation et dépassement. Il ne s’agit donc pas de nier ni de nous dissocier de notre passé, il s’agit de le transformer en le ré-interprétant. Bref voir le positif possible là où tous n’y voient que du négatif. Avoir l’humilité nécessaire d’admettre que l’on s’était, à certains égards, non consciemment et non volontairement, bernés, trompés, illusionnés. Autant sur le plan individuel que sociétal, un constat d’échec semble parfois nécessaire à un développement qualitatif, à une évolution spirituelle.