« MAUDIT BONHEUR »


(Photo: michelrivard.ca)

Pour ceux qui peuvent le faire, je vous recommande d’écouter d’abord les paroles de cette magnifique chanson, plutôt réaliste, de Michel Rivard. C’est donc sur le fond de cette pièce que je présente mon dernier billet avant la saison estivale. L’idée m’est venue suite à une discussion avec une collaboratrice qui me faisait remarquer qu’il serait peut-être souhaitable et pertinent que le mot bonheur apparaisse sur la page couverture de mon dernier volume LIBERTÉ - De l’illusion à la réalité et dont le titre pourrait justement être Cheminement vers le bonheur. Cela pour la simple et bonne raison que le bonheur, bonheur véritable, passe d’abord par la LIBERTÉ. Mon texte sera concis, cependant toutes les réponses à cette quête du bonheur se trouvent dans ce livre. Rivard traite le bonheur de « maudit sans-cœur » avec raison, parce que pour nombre de personnes, le bonheur qu’elles vivaient, bonheur illusoire bien souvent, leur brise le cœur; et de là, le chanteur en rajoute en le qualifiant de « sacré voleur ». Envahi par la souffrance, le temps vécu par ces personnes « flouées » par le bonheur se brise, se rupture, il perd sa fluidité; leur présent se fige les faisant se projeter entre passé et futur, vivant désormais dans un présent virtuel, utopique parfois.

Le temps s’arrête

C’est l’appel du silence, impossible de parler 

Le temps t’arrête

C’est l’éternelle souffrance, impossible d’ignorer 

(Tiré du poème Là où le vent souffle, p. 341) 
L’amour d’une personne, d’une idéologie ou d’un objet ne doit pas faire souffrir autant. Si tel est le cas, c’est que l’on aimait, certes, mais mal; ne reconnaît-on pas l’arbre à ses fruits? Le bonheur véritable ou le fait d’être heureux constamment est-il possible? Le bonheur ne peut pas être d’une constance inébranlable. Comme être humain, être-de-relation et être-avec-autrui, nous établissons obligatoirement des relations avec nos semblables : l’existence humaine est fondamentalement coexistence sinon la schizophrénie peut parfois être évoquée avec raison. Cette coexistence se vit dans des relations parentales, filiales, conjugales, amicales et professionnelles lesquelles relations sont, justement, de façon générale, sources de bonheur. Or, l’être humain que nous sommes n’est pas objet, mais projet et l’âme humaine, essence de l’existence, est ainsi en constante mutation. Toute existence humaine comporte trois dimensions inextricables en interrelation constante dans le temps : le spirituel ou l’immatériel, ce qu’il est convenu de nommer l’âme (les significations), le psychologique ou agitations de l’âme (les émotions) et le physique (les réactions corporelles). 


Concernant le temps, la notion de temporalité, s’il dure pour le monde inerte pour l’humain ce temps s’écoule entre passé et futur et joue sur l’instabilité de l’âme, son inconstance pour ainsi dire. Dès lors, deux êtres qui vivraient au même diapason peuvent ne plus l’être quelques années, quelques décennies plus tard. Et ce, sans oublier que la mort, celle de nos proches ainsi que notre propre mort, peut venir tarir le bonheur vécu, que cette faucheuse qu’est la mort soit réelle ou simplement anticipée. Ainsi, des ruptures et des pertes tels accidents, maladies, décès (vécus ou simplement anticipés), séparation, départ des enfants, déboires financiers et professionnels sont inévitables avec leur lot de souffrance affectant d’autant notre bonheur. Accepter dexister cest aussi accepter de souffrir éventuellement. Et Rivard de dire : « Maudit bonheur, tu t’es poussé ? » Peut-on se prémunir face à de tels événements prévisibles et incontournables, où le bonheur se pousse pour ainsi dire, afin de ne pas sombrer, de ne pas être aspiré dans la spirale de la souffrance frôlant parfois les sentiments de désespoir et d’impuissance? Attention, il ne s’agit pas ici de se couper de tous nos affects, le propre de la schizophrénie, mais d’avoir intégré d’avance, certaines vérités existentielles. La première consiste à se libérer de l’impression de durée afin que l’existence, de simple présence qu’elle était, devienne Présence : vivre sans crainte et sans espérance. 

AFFIRMATION 46

La Liberté consiste en un rendez-vous perpétuel avec le Présent.


La Présence est le propre d’une existence où passé (souvenirs) et futur (désirs) n’ont plus d’emprise négative ou limitative sur notre façon d’être, d’exister, bref d’entrer en relation sous le mode de la dépendance, de la symbiose parfois source de bonheur certes, mais avec en certaines occasions une dose mortelle de malheur : trois suicides par jour au Québec en témoignent. Pour avoir mis fin à la dualité passé/futur, à cette division du temps qui gruge dans la Présence, il faut avoir mis fin au murmure intérieur entre passé et futur, voire s’être libéré de leur poids limitatif quant à notre capacité de Présence. Plus le passé et le futur interviennent dans l’espace du Présent, moins nous sommes là : dès lors la Présence qui devrait être se transforme en simple présence. C’est d’ailleurs là une caractéristique de l’existence humaine, étant projective, voire «sortie de soi» l’humain, contrairement à un objet, peut être là sans être là. L’Absence envahit, dès lors, le champ de la Présence. Si tel est le cas, le bonheur, bonheur illusoire pour combler l’absence, le vide, se « ramène le bout du nez... tout pomponné » de chanter Rivard. Pour s’éviter de sombrer dans des bonheurs illusoires, il nous faut d’abord et avant tout avoir atteint sérénité, félicité, béatitude, et ce, par un travail sur soi, ce qui ne se produit cependant qu’après que le bonheur, ce « maudit menteur », nous ait dupé quelques fois : c’est ce que mon volume enseigne Liberté. Ce n’est qu’une fois libéré que nous pouvons établir des relations saines, libres, matures, bref de vivre la plénitude avec la multitude. Dans un tel contexte, la souffrance occasionnée par la rupture d’une relation saine ne nous est pas exemptée, mais sera atténuée, voire édulcorée, car nous étions déjà HEUREUX avant. Cette souffrance sera subjuguée par la béatitude, la félicité, la sérénité de notre âme ayant déjà cours. Cette relation ayant été vécue librement et sainement elle ne peut qu’être source de réconfort, d’apaisement. Même terminée, cette relation ne meurt jamais parce qu’elle nous a fait grandir si je puis dire et elle se perpétue tant que nous existerons pour la conscientiser; nous avons aimé de façon constructive et évolutive, bref sainement. 

Accéder à une existence qui soit Présence n’est pas consentir à une vie ascétique, bien au contraire. Une existence ainsi vécue fait que vous profitez pleinement et librement, sans peur et sans crainte aucunes, de chaque instant, ici-maintenant, parce que le présent n’est plus dilué par le jeu du passé et du futur il est véritablement Présent. Voilà pourquoi il est dit : « Soignez d’abord l’intérieur – ce qui signifie la purification, voire la libération de l’âme afin d’accéder à la Présence et le reste vous sera donné par surcroît. »


AFFIRMATION 99
Lorsque passé et futur n’ont plus d’emprise limitative sur le présent il devient Présent : 
voilà la quatrième dimension.



Je vous souhaite un été de bonheur!



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