QUAND LES HUMORISTES RIENT JAUNE



Quel débat futile que celui concernant les humoristes. De façon fallacieuse, le débat est ramené à la liberté d’expression, voire à une seule dimension que comporterait la Liberté d’expression. Clarifions une chose : être libre de s’exprimer c’est également être responsable, on ne peut pas isoler ces deux notions, ce sont les deux côtés d’une seule médaille. Être libre et responsable c’est, en même temps que je vais m’exprimer, accepter d’avance toutes les conséquences de mes gestes. Si je tiens à m’exprimer, comme humoriste ou comme politicien, par exemple, c’est que j’admets du même coup que je vis en société : l’existence – ici celle d’un humoriste – est toujours coexistence. L’individuel et le collectif sont également les deux côtés d’une même médaille. M’exprimer, peu importe le domaine d’activité, m’engage donc socialement. Or, vivre en société c’est devoir incontestablement accepter son cadre légal. Les humoristes peuvent tout dire et rien ne peut les arrêter. Il est également interdit de tuer et de conduire en état débriété et pourtant! Cependant, ils ne peuvent pas avoir le beurre et l’argent du beurre. Si eux ont des droits, socialement nous en avons également et ils peuvent donc être, en certains cas, censurés et, en d’autres cas, sanctionnés. Nombre de personnalités québécoises ont dit des choses, dans leur domaine respectif, dans le but de leurrer, d’abuser, de blesser, qui ont été source de grandes souffrances pour nombre de personnes et ils ont été sanctionnés. Au plan financier, quelqu’un m’avait parlé d’un certain Vincent Lacrosse, au niveau municipal, Gilles Vaillanfourre et au plan sexuel, Guy Cloupied, je crois.

Une personne ainsi libre et responsable se censurera d’elle-même à moins de ne pas être vraiment intelligente. Selon moi, il y a une énorme différence entre quelqu’un de brillant et ce que j’ai juste nommé comme l’intelligence. L’érudition est le propre de quelqu’un qui sait beaucoup de choses et qui possède une grande facilité en ce qui concerne la pensée dite rationnelle. Généralement, on dit de cette personne qu’elle est brillante. C’est là le propre de l’érudition : une forme de connaissances que permet la physiologie de certains cerveaux, un talent en quelque sorte tel le sens de l’humour. L’intelligence est autre chose. Elle est la résultante de ma façon de m’entendre en toute sagesse avec le monde, comment je réagis, comment je m’approprie cette relation avec le monde quant à l’utilisation de ce talent et faut-il le rappeler, où la parole, parole sensée, sera l’articulation de cette relation. L’intelligence est une réalisation pragmatique, c’est-à-dire à partir de l’expérience et non à partir d’un savoir discursif, ce qui relève de l’érudition. Elle implique relation, réflexion, compréhension, interprétation et articulation de l’expérience vécue dans une visée de plus en plus vertueuse. Elle émerge d’une volonté éclairée, d’une capacité délibérative de choisir, un choix cependant orienté vers le beau, le bien, le bon du plus grand nombre. Il n’est donc pas besoin d’être brillant pour être intelligent, mais on peut cependant être brillant sans nécessairement être intelligent. On peut être ni l’un ni l’autre comme on peut être les deux à la fois. Pour bien camper cette différence, je vais vous donner quelques noms afin de vous laisser aller au jeu suivant. À la lecture de chacun des noms, répondez : « brillant et intelligent », « brillant ou intelligent », « brillant mais pas nécessairement intelligent », « intelligent mais pas nécessairement brillant » ou « ni l’un ni l’autre » : Sylvio Berlusconi (ex-président, Italie), Julie Payette (astronaute, Canada), Barack Obama (président, États-Unis), Michel Louvain (chanteur, Québec), Martin Luther King (pasteur, États-Unis), Conrad Black (financier, Angleterre), Dominique Strauss-Kahn (ex- président du FMI, France), Nelson Mandela (homme politique d’Afrique du Sud), Mike Ward, (humoriste, Québec). L’argent peut parfois, malheureusement, se substituer à tout cela. On pourrait dire, sans se tromper, que le fait d’être brillant est physique, alors que l’intelligence relève, elle, d’un certain rapport de sens touchant nos relations avec le monde, plus précisément ici avec l’autre : l’existence étant toujours coexistence. Ce qu’il y a de plus questionnant, face à ces humoristes sarcastiques, je précise, est l’engouement d’un grand nombre de Québécois pour ce genre d’humour. Permettez-moi de vous rappeler quun consensus populaire peut donner à la folie un aspect de normalité, de réalité. 



AFFIRMATION 97
Sénèque de nous rappeler que si la
raison est utilisée en nuisant,
voire en éloignant de la Vérité, l’humain
est pire que l’animal
qui n’en a pas.


On me dira que la rigolothérapie, de ce genre je précise, a sa place. Le problème est que là on est plus dans l’humour, mais dans le sarcasme. Comme la parole est la manifestation de l’âme, l’analyse de ces tristes personnages et ceux qui les cautionnent nous apprendrait sûrement beaucoup sur leur enfance, leur histoire, leur passé, leur essence, leur âme quoi!



AFFIRMATION 297
Plus qu’un phénomène linguistique,
la parole est la manifestation
de l’essence de l’être.


Si cela vous fait du bien de payer pour entendre de telle insanités, votre âme se nourrit de peu de choses, que dis-je, de tristes choses. Ce qu’il vous faut c’est une thérapie tout court.


AFFIRMATION 185

La santé mentale se valide dans des réponses,
voire des mécanismes de défense adaptés,
c’est-à-dire évolutifs et constructifs.


**Les Affirmations du texte sont tirées du livre Liberté de Magella Potvin.

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