RÉQUISITOIRE POLITIQUE, UNE POLITIQUE À LA HAUTEUR DE SA SOCIÉTÉ : SANS ÂME




Aujourd’hui, je n’ai pas besoin de référer à quelqu’article que ce soit pour étayer mon discours dont l’affaire Sam Hamad constitue cependant l’élément déclencheur. Je recommanderais toutefois à mes nouveaux lecteurs de lire mon billet précédent concernant Gaétan Barrette, ministre de la Santé de l’actuel gouvernement libéral, pour bien saisir la différence que j’établis entre le fait d’être brillant et celui d’être intelligent.

Considérant que certains politiciens siégeant à l’Assemblée nationale du Québec n’avaient pas nécessairement la droiture morale pour exercer de façon irréprochable les fonctions relevant de leur engagement social auprès de leurs concitoyens, cette dernière a adopté en décembre 2012, le projet de loi no 48. Projet visant à l’élaboration d’un code d’éthique et de déontologie pour tous les élus de ladite Assemblée. Un code d’éthique, tel un code de la route, sert à indiquer la route à suivre pour arriver à destination. Ainsi, on peut, par exemple, partir en voyage pour aller rendre visite à ses petits enfants dans une région donnée du Québec. De même, on peut également prendre la route passé minuit à la recherche d’un bar plus ou moins malfamé et, déjà éméché, faire des dépassements dangereux de même que des excès de vitesse. Force est de reconnaître que, dans les deux cas, la motivation à prendre la route n’est pas la même. En conséquence, la conduite ne sera pas la même. Ceci nous amène à une question fondamentale : quelle est la motivation d’un politicien à vouloir se consacrer, corps et âme, tant privément que publiquement, généralement de façon précaire, dans une telle aventure? Les réponses sont sans appel : pour servir ses concitoyens, pour la notoriété ou pour l’argent.

Ce qui se passe au Québec, et dans nombre de pays, démontre à quel point l’argent, comme motivation, est à la base de l’engagement politique. Corruption, manipulation et scandales de toutes sortes en témoignent. Nul besoin de citer des noms, non plus de pays, mais des noms nous viennent spontanément à l’esprit que ce soit au plan municipal, provincial, fédéral ou mondial. En ce qui concerne la notoriété comme motivation permettez-moi de vous rappeler que lorsque la notoriété est la motivation à l’engagement politique la Sagesse n’y est que très, très rarement. Chose certaine la Sagesse peut conduire à la notoriété, mais il est plutôt improbable que la notoriété accouche de la Sagesse. De toute façon, connaissant comment procède la politique, les Sages s’en tiennent à l’écart. Si jamais un sage, drapé d’un certain charisme pouvait être perçu comme un éventuel politicien on s’en débarrasse parfois manu militari : Lumumba, Luther King, Jésus de Nazareth... ou plus subtilement.

Reste la troisième motivation à la vie politique; le service aux concitoyens de sa ville, sa province, son pays, et ce, d’une façon irréprochable. Or, une telle conduite exige un très haut niveau de conscience éthique. Ce faisant, nul besoin, dans un tel cas, de code d’éthique pour juger de ce qui est bien ou bon pour le client, le patient, le bénéficiaire ou le citoyen. Les codes d’éthique sont d’une totale inutilité pour ceux qui n’ont pas atteint ce niveau de conscience. Une conscience éthique ne s’apprend pas ni ne s’acquiert par adhésion, tout comme la foi d’ailleurs; à preuve, tous ces manquements dont nous sommes témoins. L’éthique réfère à la notion de valeurs, mais attention! Pas n’importe quelles valeurs et encore moins lorsque la motivation politique est la notoriété ou l’argent ou les deux à la fois. Une personne a atteint une conscience éthique lorsque son agir, soutenu par une volonté délibérative éclairée, tend vers des choix de plus en plus vertueux, soit le bon et le bien du plus grand nombre. Mais pour choisir il faut à tout le moins deux options sinon on subit, j’aime dire on demeure dans le « subissage ».


transire benefaciendo

AFFIRMATION 84

La vertu est un choix, un désir délibératif volontaire découlant d’une Sagesse pratique impliquant expérience et réflexion critique.
Être arrivé à un tel niveau de conscience implique que l’âme ait subi une « certaine purification » pour paraphraser Hegel. Étant convaincu que le mot âme, juste nommé, risque de faire en sorte de braquer certains lecteurs, il importe donc de clarifier et de recadrer cette notion. Qu’on le veuille ou pas, l’âme est une dimension de l’existence humaine. Toute existence humaine comporte trois dimensions inextricables en interrelation constante dans le temps : 

    - le spirituel ou l’immatériel, ce qu’il est convenu de nommer l’âme (les significations),
    - le psychologique ou agitations de l’âme (les émotions)
    - le physique (les réactions corporelles)

Il importe également de savoir que l’âme, fondamentalement, se forme entre 0 et 12 ans plus ou moins, soit au moment de la connaissance ou conscience sensible laquelle est également dite physique, passive, subjective, émotionnelle et esthétique. N’ayant pas le choix de subir, de nous laisser absorber par le monde dans lequel nous allons « tomber », d’une vulnérabilité absolue, l’âme se forme toujours, inévitablement et, de façon inadéquate, parfois dysfonctionnelle au point de faire sombrer dans la pathologie. C’est avec la connaissance rationnelle, 12-14 ans, que le mental peut, potentiellement, permettre la « purification de l’âme », voire l’épurer des limites imposées par l’enfance. Pourquoi potentiellement? Parce qu’il faudra autre chose que la raison pour que cette potentialité de l’âme s’enclenche; ce qui ne peut s’opérer ni par l’instruction, ni par l’éducation, ni par un lien filial, ni par la volonté, ni par le statut, ni par l’argent ou l’âge.
AFFIRMATION 88

Selon Hegel, l’âme purifiée des impuretés de l’enfance est le fruit d’une évolution dialectique naturelle de l’esprit, au départ brute; l’âme se raffine.
Ainsi, la grande majorité des êtres humains, y compris les politiciens, demeurent prisonniers de ce premier stade de l’existence qu’est la connaissance sensible empêchant, dès lors, l’accession à un vouloir éclairé délibératif substrat d’une existence de plus en plus vertueuse, bref d’une conscience éthique. La névrose, lequel mot signifie « constriction » est, initialement, le développement normal de l’existence humaine. Ainsi, leur « vouloir », vouloir d’une âme non raffinée, encore à l’état brut, reste marqué par la contrainte et l’ignorance inhérente à la situation névrotique de l’enfance. Grâce à certains mécanismes adaptatifs leur persona, pour paraphraser Jung, affublée de masques afin de s’adapter socialement, fait en sorte que l’adaptation, dans ces cas, tend de la maladaptation (névrose) à l’inadaptation (psychose).
AFFIRMATION 77

Nous guérissons pour peu que nous nous séparons de notre enfance, d’ajouter Sénèque.

AFFIRMATION 69

Une âme convaincue de son ignorance se vautre sans scrupule dans celle-ci comme un porc, d’ajouter Platon.


Malheureusement, nous avons, depuis la Révolution tranquille, au Québec, évacué le mot âme de notre discours. Comment aurait-il pu en être autrement? L’amalgame âme/religion était inévitable compte tenu de notre asservissement séculaire à la Religion à laquelle nous avions, pauvre de nous, confié le soin de l’âme. En ayant extirpé l’âme, cette dimension spirituelle de toute existence, nous avons commis une hérésie envers notre propre nature humaine, soit le fait que nous soyons à la fois un être physique, psychologique et spirituel. Pas surprenant que nous soyons désormais citoyen d’une société sans âme. Nous achevons de tuer l’essence de l’être en l’humain.



Ce qu’il nous faut au Québec c’est une Révolution intellectuelle, voire spirituelle dans le sens de redonner à l’âme – cette dimension spirituelle de toute existence – la place qui lui revient, bref rompre avec l’amalgame âme/religion. Une telle révolution permettant de mettre fin au vide de sens de notre société.

Des personnes intelligentes fort probablement, incorruptibles, ne peuvent s’entourer de gens douteux pour conduire le Québec où ils veulent le conduire, c’est-à-dire vers un monde politique où prime conscience éthique plutôt que code d’éthique. C’est uniquement par l’action, par nos votes que nous pouvons changer l’ordre des choses. Non pas voter par désenchantement, mais par enchantement. Mais le Québec est-il prêt pour une seconde Révolution?
AFFIRMATION 97

Sénèque de nous rappeler que si la raison est utilisée en nuisant, voire en éloignant de la Vérité l’humain est pire que l’animal qui n’en a pas.


Ainsi, les politiciens que nous élisons ne sont que le reflet de ceux qui les élisent. De même, l’incohérence d’un discours de parler de « purification de l’âme » – la route menant à un niveau de conscience éthique – dans un monde sans âme. Dès lors, être en politique pour la notoriété ou l’argent s’accommode très bien d’un niveau de conscience esthétique, laquelle conscience relève du niveau de conscience ou connaissance sensible (0-12 ans).

AFFIRMATION 82

L’esthétique concerne ce qui est perçu par les sens, on la nomme la science de la connaissance sensible.

L’esthétisme réfère non pas aux valeurs, mais aux goûts. Ainsi, nos politiciens, actuels maîtres du paraître et du semblant, sont-ils « aux goûts du jour », voire de notre société sans âme. Ils se montrent partout – la chose en est rendue dérisoire – de même qu’ils disent n’importe quoi pourvu que ça plaise. Voilà pourquoi ils ont, tout comme les psychologues, les médecins et bien d’autres, un code d’éthique. Étant un repère interne, la conscience éthique est acquise après une longue propédeutique de l’existence, donc individuelle et dont la finalité est une conduite de plus en plus vertueuse. Un code d’éthique est un repaire confirmant le manque de conscience éthique afin de bien paraître esthétiquement. Un ersatz, une panacée pour bien paraître quoi! Ne sommes-nous pas d’ailleurs dans un monde de l’esthétisme? Parlant d’esthétisme, la récente élection fédérale ne confirme-t-elle pas à quel point avec le couple Trudeau-Grégoire, la priorité de l’esthétisme dans notre société? Jésus de Nazareth a eu le culot de dire aux Pharisiens de cesser de graver leur code d’éthique – les Tables de la Loi – dans la pierre, mais plutôt de mettre la loi dans leur cœur, vous savez ce qui lui est arrivé. Comme il y a 2000 ans, les Pharisiens sont toujours au pouvoir.