MARIE OU MARI : DEUX FAÇONS ILLUSOIRES DE FUIR LA RÉALITÉ

Il fut un temps où on priait Marie, aujourd’hui, on la fume. À mon humble avis, c’est là changer une pathologie pour une autre : deux dépendances illusoires pour mieux accepter la réalité d’une existence au départ insupportable. Légaliser le cannabis ne le rend pas moins dangereux. Attention! Ce n’est pas parce qu’un mal est endémique qu’il n’existe plus. Pire, un consensus populaire peut donner à la folie un aspect de normalité, de réalité. Platon d’affirmer que la foule est toujours mauvais juge. Mais qui donc a besoin de mari et pourquoi? On me répondra que le cannabis est reconnu comme un antidouleur puissant dont l’effet est d’anesthésier et de calmer les douleurs, plus particulièrement l’effet des tumeurs et des cancers. Le cannabis serait aussi un antidépresseur puissant


AFFIRMATION 8
Les fuites équivalent à « lécher du miel sur le fil d’un rasoir ».

Concernant la douleur, il importe de savoir qu’il y a douleur chronique, celle qui perdure dans le temps, et douleur réactionnelle/ponctuelle, soit celle subséquente à un accident ou à une chirurgie. De très nombreuses études ont déjà démontré que la douleur chronique, tout comme la douleur dite « des membres fantômes », était essentiellement émotive. Une telle douleur serait en lien avec des épreuves, voire des traumatismes non totalement intégrés, des deuils non complétés. Toute existence humaine comporte trois dimensions inextricables en interrelation constante dans le temps : le spirituel ou l’immatériel, ce qu’il est convenu de nommer l’âme (les significations), le psychologique ou agitations de l’âme (les émotions) et le physique (les réactions corporelles). Le corps n’est que la structure stabilisée de l’existence laquelle comporte trois dimensions inextricables. Ainsi, un corps affecté par la douleur chronique est la réalisation, l’actualisation, ici maintenant, d’une existence souffrante. Une souffrance passée non intégrée donc toujours présente : nous ne pouvons pas faire de partition de l’âme, elle est omniprésente et omniprésence dans le sens où le temps, passé, présent, futur est vécu simultanément. L’existence est chronohistorique et en même temps chronoholistique en ce sens que chaque moment que je vis porte en lui la totalité de mon passé. Ainsi est-il convenu de dire que le présent est contemporain de tous les temps. La douleur chronique, comme cri du corps, est l’écho d’un mal à l’âme non guéri, si je puis dire. Notre médecine se limite à soigner ce corps « douloureux », à traiter le symptôme, mais qui s’intéresse à soigner l’âme souffrante? Il importe de savoir ici qu’il y a deux corps : le corps objectif, celui que l’on perçoit, que l’on touche et qui nous fait mal parfois. Il y a également le corps immatériel, historique. Le corps historique c’est celui qui se porte garant du corps actuel. Or, l’existence humaine étant temporelle, ce corps qui me permet d’exister secrète du temps, il noue passé, présent et avenir. Dès lors, le corps, corps physique, a une structure temporelle : d’ailleurs, plus de corps, plus d’existence. Voilà pourquoi les personnes nées sans jambes ou sans bras ne sentent pas les douleurs reliées aux membres fantômes : ces membres absents n’ont pas d’histoire, pas de structure temporelle.



AFFIRMATION 133

Dans chacun de ses mouvements, le corps noue passé, présent et avenir ; il sécrète du temps, il a une structure temporelle.


Imaginons que Céline Dion perde une main. Peut-on croire que cela affecterait sa carrière comme chanteuse? Imaginons-nous maintenant qu’Alain Lefèvre, le pianiste, perde une main. C’est sans équivoque que sa carrière se verrait totalement atrophiée. Les mains, les doigts d’Alain Lefèvre ont une histoire passée, toutes ces années à jouer, de même qu’une histoire future, toutes ces années à créer, à composer, bref à continuer à jouer, à exister comme pianiste de renommée internationale. Ce dont les personnes souffrant de douleur chronique auraient besoin c’est d’une thérapie afin de se libérer, une fois pour toutes, constructivement, de ces souffrances passées dont la douleur chronique en est l’écho, bref compléter les étapes du deuil intrinsèques à toute épreuve que sont la colère, la culpabilité, la négation et la dépression.



AFFIRMATION 134

C’est le corps phénoménal qui se porte garant de ce corps actuel.


Quant à la douleur réactionnelle conséquente à un accident ou à une chirurgie, il y a de nos jours d’excellents analgésiques pour contrer cette douleur d’où la totale inutilité de justifier la prescription du cannabis en pareil cas. Je suggère à mes patients soumis à des traitements de chimiothérapie de jeûner avant leur séance de traitement afin de diminuer, jusqu’à éliminer, les symptômes secondaires et ça marche. Le jeûne favorise l’augmentation d’un opiacé endogène, les endorphines, lequel opiacé stimule la naloxone, un analgésique naturel puissant aidant à contrer la douleur, phénomène que l’on remarque également chez les femmes enceintes et les coureurs de marathon. J’ai moi-même jeûné sur une période de 23 ans à raison de 42 heures par semaine, je peux en témoigner. Quant à l’effet du cannabis comme antidépresseur puissant cela revient à dire que ceux qui en consomment dans un tel contexte sont donc dépressifs. Soigner la dépression de cette façon c’est, encore une fois, traiter le symptôme, point. 



AFFIRMATION 10

La dépression exige une action concrète afin de rétablir, de rééquilibrer l’existence.


Utilisés depuis quelques décennies à profusion, les antidépresseurs n’ont réussi qu’à enrichir les compagnies pharmaceutiques; dès lors il nous faut autre chose. Quoiqu’il en soit, fumer est plus cool que de prendre des antidépresseurs, ça fait moins malade. Les antidépresseurs, y compris le cannabis, maintiennent artificiellement pour « oublier les grandes blessures dessous l’armure », les antidépresseurs, et le cannabis donc, « c’est comme le chômage, ça fait des morts qui marchent », dirait notre grand chansonnier et poète québécois que fut Félix Leclerc. La dépression signale que quelque chose de grave se passe dans l’existence d’une personne. La dépression exige une action concrète afin de rétablir, de rééquilibrer l’existence. Bref, elle exige une réaction (re-action) dans le sens de solutionner un problème passé mais toujours présent, car on ne peut se dissocier de son passé – afin d’éviter une désorganisation physique plus grave. La médication, dans une grande majorité des cas, est souhaitable et nécessaire, mais elle reste illusoire si elle n’est pas accompagnée d’une thérapie et la thérapie le sera également si elle ne débouche pas sur de nouvelles manières d’être, d’exister. Le nombre d’ordonnances (12 millions en 2012 au Québec seulement) et surtout la facilité avec laquelle elles sont délivrées comportent donc de graves conséquences à moyen terme, et ce, tant sur le plan humain qu’économique. D’ailleurs aux dires de plusieurs chercheurs des années 1990, il était prévu que la dépression serait la maladie des décennies à venir avec les conséquences physiques qu’elle entraîne. Pourquoi? Même un épisode de dépression légère peut déstabiliser le système immunitaire. Un changement qui pourrait provoquer l’apparition de maladies sérieuses reliées à l’âge chez les aînés. Une élévation de 30 % du taux d’interleukine-6, un composé important du système immunitaire, a été notée après un vaccin antigrippal, dans un groupe d’aidants naturels qui souffraient de dépression très légère alors que le taux chez le groupe témoin restait inchangé. Or, une augmentation soutenue du niveau d’interleukine-6 a déjà été liée à des affections comme le diabète, les maladies cardiovasculaires, l’ostéoporose, l’arthrite, les cancers, la maladie d’Alzheimer ou la périodontite. Avec les chiffres justes donnés quant aux prescriptions d’antidépresseurs concernant la dépression, je crois que nous sommes en plein cœur de ce scénario prévu des années 1990. Le cannabis, dans les prochaines décennies, ne fera qu’ajouter à ce scénario. 


Depuis les dix dernières années, j’ai eu, comme psychologue, plusieurs jeunes adultes accros à ce cannabis, et ce, depuis plusieurs années; un joint le matin pour faire leur journée, et un le soir pour s’endormir. Sans encore souffrir de douleur chronique, le mal à l’âme n’ayant pas eu le temps de faire son œuvre, ils étaient cependant tous affectés d’une souffrance chronique. Le but de la thérapie telle que je la pratique vise à libérer le patient de cette souffrance. Tous ces patients ont cessé de consommer spontanément d’eux-mêmes, la thérapie les ayant libérés de cette souffrance chronique.



AFFIRMATION 285

La thérapie vise essentiellement et prioritairement la réorganisation de la structure temporelle de l’existence de l’analysé.


Le cannabis a comme effet secondaire de fausser l’appréciation du temps et de l’espace. De même, il opère un détachement total du présent et des impératifs immédiats. Pire encore, il réduit l’ambition et la motivation. Banaliser les effets néfastes du cannabis en le légalisant c’est contribuer à déformer la réalité du monde, de ce que l’existence humaine a à être. Nous devons aider nos jeunes à tirer un sens de leur souffrance et non à l’halluciner. Ce faisant, nous contribuerons à une génération d’abrutis soit des personnes dont l’âme n’aura jamais été raffinée, voire épurée de souffrances passées ayant limité une ouverture libre et totale sur le monde où la présence, de simple présence qu’elle était, devient Présence. Décriminaliser oui, comme cela l’est pour l’alcool, le tabagisme, mal se nourrir, etc., mais ne pas légaliser. Légaliser c’est cautionner, c’est abdiquer. Difficile d’inciter des gens à modifier des comportements pathogènes lorsque ceux-ci sont légalisés.




AFFIRMATION 185

La santé mentale se valide dans des réponses, voire des mécanismes de défense adaptés, c’est-à-dire évolutifs et constructifs.