LA PSYCHOLOGIE QUÉBÉCOISE, APRÈS JEANNETTE, CORNEAU ET MAILLOUX



Photo: Radio-Canada

Le récent passage de Mme Jeannette Bertrand à Tout le monde en parle en a interpellé plusieurs. D’abord, tous sont unanimes à l’effet que Mme Bertrand a fait beaucoup pour le Québec. Historiquement, elle a été la pionnière. Elle a tracé la voie à la libéralisation de la dimension psychologique de notre vécu, tant pour les femmes que pour les hommes. Il semble bien, qu’au plan médiatique, il n’y ait désormais que sur elle que le Québec puisse se rabattre lorsqu’il est question de vulgariser la psychologie. En fouillant sur Internet, je me suis rendu compte que je n’étais pas le seul toutefois à être choqué par ses récentes prises de position.

M. Denis Fortier dit, avec justesse, que nombre de professionnels, dont je suis en tant que professeur en psychologie de niveau universitaire, peuvent en savoir passablement sur le fait « d’être vieux », à tout le moins sur « le devenir vieux », sans pour autant l’être. Hassan Serraji de nous rappeler ce que Mme Bertrand déclarait : « Je n’ai pas besoin de science, ni de preuves tangibles pour étayer ce que je crois fermement être la vérité. Je me fie à mon instinct et à mon cœur! » C’est connu, il y a une énorme différence entre savoir discursif et savoir expérientiel, mais je me dois de rappeler que Mme Bertrand ne possédait ni l’un ni l’autre lorsqu’elle parlait d’homosexualité, de SIDA et bientôt de bisexualité : croire n’est pas savoir. Des gens ont longtemps cru que la Terre était plate et pourtant! À tout le moins, nous, professionnels dans notre champ de compétence réciproque, avons au moins une partie de la solution : le savoir discursif. À ce compte, nous pouvons plus que simplement « parler pour parler ». Dans sa plus récente entrevue, Mme Bertrand dira : « Je veux susciter une réflexion chez les gens qui vont vieillir ». Que pensez-vous que j’enseigne à mes étudiants dans mon cours Psychologie du développement de l’adulte donné à l’Université du Québec à Chicoutimi, sans oublier tous ces patients rendus à cette étape de la vie que je reçois en thérapie? Vous avez été, Mme Bertrand, d’une compétence incomparable à diriger une armée de comédiens talentueux, et ce, dans différentes dramatiques. Vous avez parlé haut et fort de l’homosexualité, du SIDA sans pourtant n’avoir jamais été ni sidatique ni homosexuelle. Pourtant vous reconnaissez avoir aidé – et vous l’avez fait, madame – nombre de Québécois. Enfin, dire que les résidences de personnes âgées « ghettoïsent les aînés », c’est généraliser un peu fort. Certes nous devons faire, collectivement, tout ce qui est en notre pouvoir pour éviter que nos aînés vivent la « ghettoïsation ». Cependant, ce ne sont pas tous les aînés qui ont les moyens de se payer appartement ou condo dans une luxueuse tour d’habitation d’un centre-ville. Sur la question de l’argent, vous portez l’odieux de dire : « De l’argent j’en ai. » Ce ne sont pas tous les aînés non plus qui peuvent compter sur des enfants pour trouver un minimum de sécurité, laquelle s’accentue, vous êtes à même de le savoir, avec le « devenir vieux ». Certaines personnes y sont très heureuses dans ces « ghettos » comme d’autres sont très malheureuses dans leur tour d’habitation : le fait d’être heureux ne tient pas à un lieu physique, il est en soi, madame. Chose que vous devriez savoir plus que quiconque. Mais avec l’erreur de la Charte des valeurs, votre généralisation sur la « ghettoïsation », et votre prétention à détenir la vérité absolue sur « l’être vieux » – parce que vous, vous êtes vieille – je me dois de vous rappeler que, sans être nullement arrogante ni impolie, ce que vous n’avez jamais été, vous faites un brin dans l’impertinence Mme Bertrand. Il y a des moments où il faut savoir se taire afin de ne pas faire ombrage sur l’immense héritage que l’on veut et qu’on peut laisser derrière soi.

AFFIRMATION 204

Le silence est un mode de la parole.


AFFIRMATION 85

La pire ignorance étant celle qui s’ignore; une telle ignorance est illusion.

Il y a eu par la suite M. Guy Corneau, reconnu largement en dehors du Québec pour ses écrits. D’abord, il y a son association avec son maître et guide spirituel, M. Pierre Lessard. Pierre Lessard, celui-là même qui fait parler l’esprit d’un aristocrate français ayant vécu il y a 250 ans. En tant que psychologue membre d’un ordre professionnel, de semblables amalgames sont inadmissibles : spiritisme et spiritualité sont deux choses. Toute existence humaine comporte trois dimensions inextricables en interrelation constante dans le temps : le spirituel ou l’immatériel, ce qu’il est convenu de nommer l’âme (les significations), le psychologique ou agitations de l’âme (les émotions) et le physique (les réactions corporelles). Je suis psychologue, mais également philosophe et théologien et en aucun cas ni dans aucun écrit, on approche la spiritualité du spiritisme, ce dernier faisant plutôt dans l’ésotérisme. Plus encore, le sixième objectif de ce que je nommerais leur « retraite fermée » se lit ainsi : « Possibilité de faire des choix cohérents par rapport à la suite de sa vie ». Guy Corneau a été père pour la première fois à 60 ans. Il dira, concernant l’arrivée de cet enfant : « Je n’avais pas prévu ça, mais la mère de l’enfant voulait absolument le garder, je ne m’y suis pas opposé. » Ce qui m’interpelle davantage ici c’est le fait, qu’aux yeux de son psychiatre, il aurait été difficile pour lui d’élever un enfant une trentaine d’années plus tôt et Guy Corneau d’ajouter : « Je voulais gagner ma vie, j’avais beaucoup d’ambition professionnelle et je voyageais souvent en Europe pour mon travail... je me serais senti tiraillé entre mon enfant et mon travail... C’est même mieux qu’un père impulsif trop centré sur sa carrière. » Nous serions en droit de nous questionner ici sur le moyen de contraception utilisé dans ce couple, car tel que Guy Corneau l’affirme lui-même, il n’était pas prévu cet enfant. À supposer que la contraception n’y soit pour rien et que cet enfant ait été planifié, alors là je ne comprends pas. Guy Corneau était-il cohérent avec ce qu’il prêche à sa « retraite fermée »? En second lieu, être père à 60 ans comporte des risques énormes pour l’enfant. Tout cela sans compter, à moins que mes calculs soient erronés, que Guy Corneau était en rémission d’un très grave cancer de stade IV en acceptant, peut-être en planifiant, la paternité. Risques aux plans physique et psychologique certes, mais également au plan filial, dans la relation ultérieure père/fils sur laquelle l’enfant doit pouvoir compter ce qui, plus que quiconque, il est à même de savoir. C’est là que se joue toute la responsabilité de la paternité. À preuve, Guy Corneau dira : « En fin de journée, je tire la patte et j’ai simplement hâte d’aller me coucher». On peut certes vouloir consciemment un enfant dans ces conditions, mais il est permis de se questionner à savoir si c’est là un vouloir éclairé lequel implique un choix délibératif entre deux options au lieu d’être le fruit de la contrainte. Comportement plutôt questionnable de la part de celui-là même qui a écrit Père manquant fils manqué, des comportements s’apparentant à l’incohérence, selon moi. À moins que cet enfant ait été conçu pour combler ce vide existentiel qu’il a souvent souligné lui permettant ainsi de trouver l’amour véritable. Ce qui relèverait d’un égocentrisme odieux.

AFFIRMATION 83

Il y a donc vouloir éclairé et vouloir non-éclairé. Le vouloir éclairé implique une capacité de délibération.


AFFIRMATION 93

Avoir un enfant, c’est s’assurer une certaine pérennité, c’est combattre, dans une certaine mesure, l’angoisse existentielle ou angoisse de mort.

AFFIRMATION 8

Les fuites équivalent à « lécher du miel sur le fil d’un rasoir ».

Enfin, nous avons eu droit au Doc Mailloux. Certes très brillant lui aussi, mais dont la façon de faire relevait plutôt du caricatural, du grotesque, voire du clownesque. La façon d’utiliser son talent de la sorte laisse songeur. Ceux qui ont lu mon précédent blogue sur Gaétan Barrette comprendront mon allusion quant au fait d’être brillant et d’être intelligent. Le Doc Mailloux, quant à lui, c’est l’indécence même. L’indécence étant le caractère de ce qui choque par son côté ostentatoire, voire son manque de discrétion jusqu’à se mettre son ordre professionnel à dos... recherchant, consciemment ou non, la victimisation. Le messager allait tout prendre l’attention au détriment du message qui aurait pu être très enrichissant.

AFFIRMATION 227

Il y a ce que la vie nous donne, mais il y a également ce que l’on va en faire.


AFFIRMATION 229

Les passions et les émotions auront parfois longtemps le dessus sur la raison.


Voilà le portrait actuel de nos représentants médiatiques en ce qui a trait à la psychologie au Québec. Consulter en thérapie est un indice de santé mentale encore faudrait-il que ceux qui représentent cet art médical soient pertinents, cohérents et décents, bref qu’ils soient des guides, des repères irréprochables en quelque sorte. Il y a trois interdits fondateurs à toute société : le meurtre, l’inceste et le mensonge. Or, le mensonge est en lien direct avec la notion de parole, voire au fait de s’exprimer. Sans être mensongère et je précise, cela parfois non volontairement et non consciemment, une parole qui manque de pertinence, de cohérence et de décence n’est pas le gage d’un dialogue qui se veut fondamentalement authentique, voire de l’ordre de la véracité, d’où seront tirés le sens et, ultimement, l’action. Quelle sorte de Québec psychologique voulons-nous pour ceux qui comptent sur notre savoir et notre expérience en ce domaine? Ne devrions-nous pas être des maîtres? Pour ce faire, ne faudrait-il pas que ces maîtres aient accédé à la Sagesse avant la notoriété, car il semble bien que la notoriété ne soit pas, implicitement, garante de la Sagesse. Mais voilà! Les gens Sages ne recherchent pas la notoriété et demeurent dans l’ombre, derrière les projecteurs.

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