GAÉTAN BARRETTE : POLITICIEN OU POLICHINELLE?

Photo: Radio- Canada

Après avoir entendu Gaétan Barrette à l’émission Tout le monde en parle, le spectacle m’est apparu tellement pitoyable que je me suis senti obligé de réagir. Je tiens à préciser que mon point de vue ne vise aucunement ici la problématique homme/femme, voire Barrette/Lamarre. On le sait, les Québécois sont friands d’humoristes lesquels font malheureusement trop souvent dans le burlesque vulgaire gratuit que dans l’humour véritable. À tout le moins si l’on n’aime pas nos humoristes on n’est pas tenus de payer pour aller les écouter. Mais lorsqu’il s’agit d’un ministre de l’Assemblée nationale payé à plus de 155 000 $ par année à même nos impôts, cela m’agace.

Le comble, « la virulence est la marque de commerce de la politique », d’ajouter Gaétan Barrette, quelle tristesse! De là le fait qu’il cautionne sa position de ne pas s’excuser à partir du comportement d’un confrère, Pierre-Karl Péladeau. À ce compte, je dirais, pour paraphraser Dante, « qu’en politique le plus idiot règne en maître au Royaume des idiots ». Ce n’est pas parce qu’un mal est endémique qu’il n’existe plus. Pire, se servir d’un tel prétexte démontre le peu de capacité, et de désir, à vouloir changer l’ordre des choses. Force est de constater que pour Gaétan Barrette et certains de ses semblables, c’est peut-être là l’occasion rêvée pour se réaliser, pour s’équilibrer à la mesure de leurs carences personnelles, de leur manque d’intelligence. Danny Turcotte a bien tenté de lui faire reconnaître qu’un comportement semblable, endossé par le premier ministre par surcroît, était incohérent de la part de ceux-là même qui votaient des lois contre l’intimidation, mais en vain.

AFFIRMATION 69

Une âme convaincue de son ignorance se vautre sans scrupule dans celle-ci comme un porc, d’ajouter Platon.

Pour se sortir de son impasse, rien de mieux que de créer la diversion. Ainsi, il rappelle ses difficultés financières professionnelles, où il a dû opérer à perte, et ce, conséquemment aux décisions du gouvernement de l’époque : le Parti québécois... le tout sans faire comme certains – allusion à Pierre-Karl Péladeau – d’avoir dû décréter un lock-out. En tout premier lieu, faudrait-il que nous soit démontré qu’il a opéré à perte? Même si cela était vrai, je pense que sa somptueuse prime de 1,2 millions de dollars reçue de son Ordre professionnel a grandement suffi à couvrir ses pertes, si pertes il y a eu. « Irrelevant », dira avec raison Guy A. Lepage. Évidemment ce ne sont pas tous les politiciens qui s’identifient à Gaétan Barrette. Il y a dans tout parti politique des politiciens de cet acabit. En conséquence, je demeure tout aussi virulent pour quiconque se comporte de la sorte. Cependant, force est de constater qu’un premier ministre qui tolère de tels agissements de la part d’un de ses ministres nous autorise à nous questionner sur les fondements qui soutiennent ce parti. Laisser aller son ministre défendre l’indéfendable à la télévision d’État devant un public avisé – on n’était quand même pas à Juste pour rire – frôle le surréalisme.

AFFIRMATION 213

La vertu est un choix, un désir délibératif volontaire découlant d’une Sagesse pratique impliquant expérience et réflexion critique.

AFFIRMATION 97

Sénèque de nous rappeler que si la raison est utilisée en nuisant, voire en éloignant de la Vérité l’humain est pire que l’animal qui n’en a pas.


Selon moi, il y a une énorme différence entre quelqu’un de brillant et ce que j’ai juste nommé comme l’intelligence. L’érudition est le propre de quelqu’un qui sait beaucoup de choses et qui possède une grande facilité en ce qui concerne la pensée dite rationnelle. Généralement, on dit de cette personne qu’elle est brillante. C’est là le propre de l’érudition : une accumulation de connaissances que permet la physiologie de certains cerveaux, un talent en quelque sorte. L’intelligence est autre chose. Elle est la résultante de ma façon de m’entendre en toute sagesse avec le monde, comment je réagis, comment je m’approprie cette relation avec le monde quant à l’utilisation de ce talent et faut-il le rappeler, où la parole, parole sensée, sera l’articulation de cette relation. L’intelligence est une compréhension pragmatique, c’est-à-dire à partir de l’expérience et non à partir d’un savoir discursif, ce qui relève de l’érudition. Elle implique relation, réflexion, compréhension, interprétation et articulation de l’expérience vécue dans une visée de plus en plus vertueuse. Elle émerge d’une volonté éclairée, d’une capacité délibérative de choisir orientée vers le beau, le bien, le bon.

Lorsque quelqu’un s’exprime d’une façon déconcertante, ne dit-on pas : « c’est intelligent, c’est à propos ce qu’elle dit. » Or, m’approprier c’est également apprendre, accroître, tirer des enseignements, des acquisitions de ma relation au monde. Il n’est donc pas besoin d’être brillant pour être intelligent, mais on peut cependant être brillant sans nécessairement être intelligent. On peut être ni l’un ni l’autre comme on peut être les deux à la fois. Pour bien camper cette différence, je vais vous donner quelques noms afin de vous laisser aller au jeu suivant. À la lecture de chacun des noms, répondez : « brillant et intelligent », « brillant ou intelligent », « brillant mais pas nécessairement intelligent », « intelligent mais pas nécessairement brillant » ou « ni l’un ni l’autre » : Sylvio Berlusconi (ex-président, Italie), Julie Payette (astronaute, Canada), Barack Obama (président, États-Unis), Michel Louvain (chanteur, Québec), Martin Luther King (pasteur, États-Unis), ConradBlack (financier, Angleterre), Dominique Strauss-Kahn (ex-président du FMI, France), Nelson Mandela (homme politique d’Afrique du Sud), Gaétan Barrette (ministre de la Santé, Québec). L’argent peut parfois, malheureusement, se substituer à tout cela. On pourrait dire, sans se tromper, que le fait d’être brillant est ontique, physique, car il s’adresse à l’étant. Alors que l’intelligence relève, elle, de l’ontologique parce qu’elle concerne un certain rapport de sens touchant nos relations, celle de l’existant dont l’existence avec le monde, plus précisément ici avec l’autre : l’existence étant co-existence. Gaétan Barrette vient démontrer à quel point cette ontologie se meurt dans notre société parce que de tels comportements dissocient l’être de l’être-humain.
AFFIRMATION 97 Sénèque de nous rappeler que si la raison est utilisée en nuisant, voire en éloignant de la Vérité l’humain est pire que l’animal qui n’en a pas.
Or, la loi dharmique, laquelle a son équivalent dans toutes les cultures, promulgue ceci : chacun de nous a un talent et il a le devoir d’utiliser ce dernier pour le bénéfice du plus grand nombre et dont la seule finalité est l’extase spirituelle. Pour être en harmonie avec cette loi, MM. Couillard et Barrette devraient retourner à la médecine, là où leurs talents ont le plus de chance d’être bénéfiques pour la société québécoise, ce qui ne fait aucun doute dans mon esprit. Chose peu probable cependant lorsque la finalité recherchée n’est pas l’extase spirituelle, mais la notoriété ou l’argent.

Transire benefaciendo

En terminant, permettez-moi de vous rappeler que Polichinelle parlait à qui voulait l’entendre – imaginez si Tout le monde en parle avait été opérationnel au 17e siècle – en plus d’être menteur et parfois cruel. Mais Gaétan Barrette avait Tout le monde en parle pour se mettre la corde au cou, incroyable de manquer de jugement à ce point! Les excuses de Gaétan Barrette : trop peu, trop tard et juste politically correct. Des excuses exigées de partout sauf de lui-même. À cet égard, Michel David, Martine Biron et Vincent Marissal partagent mon point de vue. Avec la responsabilité du poste qu’il occupe il n’y a rien de noble à voir dans de telles excuses. Ce qui est noble est plutôt le contraire, de ne jamais avoir à devoir s’excuser. Or, ceci exige la coïncidence du fait d’être brillant et en même temps d’être intelligent. Ce n’est pas d’excuses auxquelles nous avons droit, mais de leur démission : celle de Gaétan Barrette et de Philippe Couillard. À bien y penser, Philippe Couillard a peut-être vu là une incroyable occasion de se défaire d’un boulet. Sinon, reprenant Dante, il est, lui « le maître suprême des idiots dans le Royaume des idiots ». Nous avons le droit d’exiger comme citoyens ce que nous voulons pour nous représenter à l’Assemblée nationale, à moins de ne pas être plus intelligents qu’ils ne le sont. En conformité avec mon exposé, vous comprendrez que, selon moi, Michel Louvain est de loin plus intelligent que Gaétan Barrette.


**Les Affirmations du texte sont tirées du livre Liberté de Magella Potvin.