ÉCOLOGIE; L’ILLUSION DE DAVID SUZUKI




AFFIRMATION 374
Pauvre on vit écologiquement; riche on pense écologiquement.

Dans Les Misérables, Victor Hugo donnait une excellente définition de l’écologie bien longtemps avant même que le mot existe : « On ne sait pas tout ce que certains êtres faibles, qui ont vieilli dans le dénuement et l’honnêteté, savent tirer d’un sou ». Pauvre on vit écologiquement ; riche on pense écologiquement. L’écologie, en cette période de mondialisation, prend beaucoup de place dans les sociétés postmodernes sans pour autant que ses défenseurs, parfois détracteurs, en connaissent les fondements spirituels c’est-à-dire quant à la signification que celle-ci prend désormais dans nos sociétés postmodernes. Si les comportements de certains consommateurs en matière d’écologie sont parfois inconséquents, certains comportements d’écolos pour ne pas dire les « verts » comme certains les nomment, sont parfois franchement ridicules. Ce qu’il s’agit de mettre en place, ce sont des comportements responsables et durables sans sombrer dans le ridicule ; l’équilibre toujours l’équilibre, quoi ! Il ne faudrait pas qu’un ascétisme écologique se substitue à l’ascétisme religieux d’antan où, par exemple, il nous fallait être trois heures sans manger avant d’aller communier. Si ce que je prétends, à savoir que l’écologie serait la nouvelle religion des sociétés riches, cela se pourrait bien. L’unique religion à s’imposer parce qu’elle touche la planète, sa survie.

Tout comme la mort nous touche personnellement, l’écologie nous rejoint individuellement, mais aussi collectivement. Plus de corps, plus d’existence, plus de planète, plus de vie. Toutes les formes de vie existantes partagent une relative vulnérabilité face à la mort plus particulièrement face à la mort de la planète. L’écologie offre une potentialité de réponse à une unification du genre humain dans sa recherche à vouloir s’organiser sur une base universelle. La conférence mondiale de Paris de décembre 2015, COP21, en témoigne. L’écologie, on le sait, oriente son amour sur tout ce qui vit : mers, forêts, animaux, bref la planète entière, et ce, dans l’un de ses aspects qu’est la récupération, jusqu’à aimer au point de faire « revivre », par amour, ce qui, entendons-nous, n’avait initialement pas de vie : détritus, canettes, verre, etc. alors qu’il n’y a pas si longtemps on proclamait : « Aimez votre prochain », bref l’amour concernait cet autre qui m’est proche et pourtant si différent. Les questions que nous sommes en droit de nous poser : est-ce que ces biens recyclés peuvent réellement être considérés comme « des progrès » ? Compensent-ils, de façon durable, les pertes définitives en capital naturel ? Assurément non. Le constat d’échec de David Suzuki est sans appel : « Le mouvement environnemental a échoué. »

AFFIRMATION 363
L’évolution de l’espèce humaine semble se faire au détriment de l’être.

Cependant, le discours écologique des sociétés riches, parfois très fallacieux, a assurément moins d’emprise dans certaines régions du monde qui, pour la première fois, en se développant industriellement, peuvent accéder à certains biens que l’on juge, nous, citoyens des sociétés postmodernes, polluants. Le problème est d’autant amplifié du fait qu’une grande majorité de ces peuples de pays moins développés, par le biais des communications, peuvent voir toute cette consommation à laquelle ils pourraient accéder. En attente depuis des décennies, sinon des millénaires, de combler certains besoins primaires, ils n’ont que faire denotre morale écologique s’apparentant au temps des croisades et de l’évangélisation des Amérindiens de la Nouvelle-France par les Jésuites. Considérant leur pauvreté extrême en certains cas, leur mode de vie a toujours été plus qu’écologique. Le problème tient également des sociétés postmodernes capitalistes riches. Croire à l’irréversibilité de leur dépendance à la consommation plus que démesurée est peut-être utopique. Il ne s’agit pas ici d’être idéaliste ni fataliste, mais d’être réaliste. Paraphrasant Rousseau, je dirais, certes nos sociétés postmodernes se sont débarrassées de l’esclavage, mais à bien y penser, c’est nous qui sommes rendus esclaves de notre dépendance à la consommation de biens non durables, en général, y compris celle du capital naturel en certaines circonstances vitales pour certains groupes de travailleurs, voire certaines populations. Par exemple, dans ma région, le Saguenay–Lac-Saint-Jean, la coupe forestière est vitale pour la survie de nombreux travailleurs et de leur famille. Force est de constater à quel point il est difficile, entre deux entités privées que sont Résolu et Greenpeace, de concilier des objectifs parfois tout aussi louables d’un côté comme de l’autre.

En conséquence, penser que la survie de la planète dépend d’une entente signée, même mondialement, laisse songeur. La Fondation David Suzuki s’y est consacrée depuis 50 ans et pourtant! La possibilité de sauver la planète Terre en développant concrètement une écologie basée sur un développement durable dans toutes les sphères d’activités a autant de chances de réussir que l’irréversibilité de notre dépendance à la consommation, tant au niveau de biens non durables que du capital naturel, c’est-à-dire assez peu. À moins, cependant, qu’il y ait un réveil-choc de notre jeunesse. La force des réseaux sociaux dont elle dispose étant sans égal pourrait peut-être, je dis bien peut-être, changer l’ordre des choses. Encore faudrait-il que l’action, action cohérente, concrète, s’ajuste à la force de communication de ces réseaux. De même, la Déclaration du Capital naturel, juin 2012, permet un certain espoir. Le capital naturel fait référence aux ressources telles que minéraux, animaux, air, pétrole de la biosphère terrestre, vus comme moyens de production de biens et services écologiques : production d’oxygène, épuration naturelle de l’eau, prévention de l’érosion, pollinisation des cultures, et même fourniture de services récréatifs, y compris les « services de beauté des paysages ». Le capital naturel constitue une approche d’estimation de la valeur d’un écosystème, une alternative à la vue plus traditionnelle selon laquelle la nature et la vie non humaine constituent des ressources naturelles passives sans production propre : le capital naturel s’adjoint donc au terme de capital productif. Le capital naturel, expression apparue pour la première fois en 1973 dans Small is beautiful d’Ernst Friedrich Schumaker, devrait donc, selon les experts en ce domaine, être ajouté aux piliers économique et social lorsqu’il est question de calculer le PIB d’un pays si l’on cherche à prendre en compte des objectifs de développement durable, voire écologique.

La Terre est notre demeure et écologie du grec Eikos signifie « maison ». L’existence humaine est co-existence et la science qui s’intéresse aux rapports de l’humain avec le monde, êtres et choses, est l’ontologie. Si l’ontologie porte sur l’interaction des humains entre eux, l’écologie, quant à elle, porte sur l’interaction de ces mêmes humains, mais avec leur milieu, leur maison qu’est la Terre. C’est une évidence, selon moi, que cet intérêt pour l’écologie est, sous l’un de ses aspects, et ce, en grande partie, en lien avec la disparition, chez les bien nantis et les jeunes héritiers de nos sociétés postmodernes, de tous les subterfuges usuels concernant l’après-vie. L’ontologie se meurt parce que nous avons tué l’être en l’humain. Il semble bien que l’écologie, comme nouvelle détermination constitutive de l’humain, qui plus est constituée d’un humain atrophié de son être, veuille s’imposer comme substitut à l’ontologie. Le problème face à l’écologie n’est donc ni technologique ni éthique, mais ontologique.


AFFIRMATION 375
L’ontologie se meurt Parce que nous avons tué l’être en l’humain.

En conséquence, l’écologie n’a, à long terme, que peu de chances de s’imposer parce qu’elle aurait besoin, pour ce faire, de l’ontologie, de l’être en l’humain. L’écologie, comme religion du XXIe siècle, est peut-être une réponse planétaire symbolique, réponse contemporaine, tant recherchée de tout temps par tous les humains de toutes les cultures, à cette quête d’immortalité. Dans cette perspective, je dirais que l’écologie serait une tentative de réponse cosmique à cette quête en ce sens qu’elle vise à maintenir l’ordre du Cosmos. Le mot Cosmos ne signifie-t-il pas « ordre » au sens étymologique? L’univers n’a pas besoin de nous, de même qu’il n’est pas là pour nous. Dans un monde, monde hautement scientifique faut-il le rappeler, où les subterfuges pour esquiver la mort sont de plus en plus inopérants (résurrection, réincarnation, etc.), à tort ou à raison, le mythe d’immortalité devient de plus en plus oppressant. Dans ce contexte, les bacs de récupération déposés hebdomadairement le long des rues m’apparaissent un rituel pour célébrer ce nouveau mythe d’immortalité en émergence avec l’écologie et où Internet est devenu la Bible des sociétés postmodernes. Autant de tristes rituels pour se donner l’impression d’exister pleinement, d’être full présent, comme il est dit, et pour longtemps : rituels de consommation dits festifs afin de célébrer un mythe, le mythe « d’éternité » sous- tendu par l’écologie. Peu de gens semblent avoir compris que l’Écologie est parce que la Consommation est. Tout comme les religions précédentes, l’Écologie confirme notre vision, encore là, anthropologique et réductionniste, parce que l’homo sapiens, la Terre, le Soleil auront une fin.

AFFIRMATION 362
Telle est la fonction du rite, ramener à la mémoire collective un mythe en lien avec un temps immémorial, ici le mythe d’immortalité.

AFFIRMATION 378
Le nihilisme, selon Heidegger, est la négation de toute véridicité et de toute valeur à la civilisation. Des expressions passagères d’un vivant.

On ne peut ici qu’être en accord avec la position d’Heidegger quant à l’inefficacité symbolique de notre Culture. Selon moi, l’une des actions les plus bénéfiques en ce qui concerne l’environnement serait que la masse des gens de toutes les sociétés postmodernes, de même que ceux qui rêvent à le devenir, accèdent au même moment à une existence sage et mature vécue comme Présence. Ainsi, la fuite, la sublimation, la compensation que constitue la consommation effrénée, pire ennemi de l’écologie, voire de la planète et de l’humain, réelle ou simplement espérée, dans tous les domaines de nos existences diminuerait d’autant. Je ne parlerais pas ici d’une « simplicité volontaire préhistorique », mais plutôt de vivre en harmonie avec la Nature. Référant au constat d’échec du mouvement écologique, Suzuki parle d’une « déconnexion » entre l’humain et son environnement. Mais voilà ! Que la masse des humains de la planète adhère en même temps à une telle philosophie de vie écologique me semble utopique. Toutes les philosophies des valeurs, du christianisme au marxisme, ont échoué.

AFFIRMATION 376
Le problème face à l’écologie n’est donc ni technologique ni éthique, mais ontologique.

Une société, c’est une entité et une entité, ça n’a pas d’âme ni de conscience, ça ne peut donc pas réfléchir, seuls ses membres le peuvent, chacun à son heure, jamais tous en même temps, assurément pas en démocratie non plus d’ailleurs dans les dictatures où les renversements sont juste plus radicaux et plus spontanés. Tout comme la science une société est sans conscience. L’écologie permettra, un tant soit peu, de se donner bonne conscience tout en procurant, voire en recréant un pseudo-mythe d’immortalité face à notre mort personnelle incontournable, à court terme, collective probable à moyen terme et galactique à long terme. L’erreur de Suzuki serait-elle d’avoir négligé l’anthropocentrisme de l’humain, sa cupidité au détriment de son environnement, sa demeure la Terre? L’erreur de Greenpeace ne serait-elle pas, quant à elle, d’oublier que la survie financière de certains groupes de travailleurs et de leur descendance se doit d’être comblée ici maintenant, pas dans une autre vie? Au plan cosmique, notre existence n’a peut-être aucune importance, mais pour le temps que nous passons sur cette Terre, il nous faut lui donner un sens quel que soit ce sens: surconsommation illusoire de biens matériels ou simple consommation du capital naturel pour survivre.