AIDE À MOURIR OU AIDE À POURSUIVRE?




Le présent blogue ne vise pas à considérer l’aide à mourir au plan légal non plus au plan moral. La question me sert de prétexte pour apporter certaines clarifications personnelles sur la mort afin de faire réfléchir mes lecteurs sur les fondements de ce débat. Même si la mort est de plus en plus banalisée dans nos sociétés postmodernes, à preuve des rituels de plus en plus expéditifs, elle n’en demeure pas moins d’une importance sans équivalent, et ce, simplement parce que personne n’échappera au rendez-vous qu’elle lui fixe. L’humain est, de loin, l’être le plus conscient de sa mort, voire du fait que son temps est compté. L’existence humaine est marquée par la temporalité certes, mais surtout par sa finitude. Ainsi, l’humain est l’être le plus temporel dû à son caractère passager : au Canada en moyenne 78 ans pour l’homme et 82 ans pour la femme.

Si vous désirez savoir l’année probable de votre décès ajoutez 82 ans à votre année de naissance si vous êtes une femme et 78 ans si vous êtes un homme. Je suis convaincu que plusieurs d’entre vous serez quelque peu perturbés par cette addition en apparence banale. Étant inéluctable, nous sommes donc possédés par la mort; elle nous habite depuis notre naissance, de là l’angoisse qu’elle suscite : angoisse existentielle, angoisse de mort. Angoisse dont peu d’êtres s’échappent. Pourquoi? La première erreur anthropologique est en lien avec l’âge chronologique que nous nous donnons, par exemple avoir 50 ans. L’existence humaine terrestre se manifestant pour chacun de nous, est une séquence de vécus ininterrompue depuis 13,7 milliards d’années : 1026 atomes de poussière d’étoiles, fragments du Big Bang en expansion! Ce qui revient à dire que notre âge véritable est de 13,7 milliards d’années plus quelques poussières. Nos cellules, dès notre procréation, savent que l’humain naissant que nous sommes est voué à la mort; la mort est inscrite dans notre génétique. D’où l’insécurité maximale, insécurité ontologique vécue à la naissance, en ce sens que seul l’humain est dépendant et vulnérable comme il l’est. De là également l’angoisse de mort vécue de façon maximale pour le nourrisson. Parce que le nourrisson n’a pas le choix de « s’appuyer sur » la mère (R. LAING, M. KLEIN, J. BOWLBY), et ce, de façon prioritaire et fondamentale parce qu’ayant été en relation symbiotique avec elle durant les neuf mois qu’ont duré la grossesse : sa survie en dépend. La deuxième erreur anthropologique, et non la moindre, est l’incapacité même de penser au fait que si nous n’avons jamais été mort pourquoi décéder physiquement devrait-il mettre fin à ce voyage cosmique débuté il y a 13,7 milliards d’années? Il me semble évident que plus le nombre de liens signifiants est important (parents, enfants, petits-enfants, amis, engagements professionnels et sociétaux et parfois matériels) plus l’épreuve de la mort, annoncée ou simplement anticipée, peut angoisser. Troisième erreur anthropologique : incapable de dépasser l’angoisse intrinsèque de sa propre mort, l’humain a sombré dans toutes sortes de fuites illusoires afin d’édulcorer cette inescapable angoisse dont religions et philosophies ont largement abusée avec leurs promesses de résurrection, de réincarnation.

AFFIRMATION 213

Ainsi plus nous sommes dépendants et plus nous risquons d’être éprouvés, donc de souffrir.

AFFIRMATION 64

En conséquence, le corps est un ami de voyage.

AFFIRMATION 8
Les fuites équivalent à « lécher du miel sur le fil d’un rasoir ».

Toutes ces illusoires croyances avaient un objectif commun : atténuer l’angoisse relative à la mort. Force est de constater que l’objectif véritable était plutôt de profiter de la vulnérabilité humaine et de dominer la grande majorité de l’humanité. Comme elles ont de moins en moins d’emprise dans nos sociétés postmodernes, l’effet soporifique qu’elles exerçaient face à l’angoisse de mort s’est dissout, mais cette angoisse resurgit comme jamais parce que l’on continue et l’on continuera à mourir. Il n’y a pas une journée où les médias n’ont pas de tragédies mortelles à annoncer, voire à nous montrer. Mais voilà! La mort est omniprésente comme jamais, mais nous n’avons plus de subterfuges pour esquiver son angoisse. Dans un blogue à venir sur l’Écologie, je démontrerai à quel point celle-ci cherche à s’imposer comme nouvelle Religion. Or, l’écologie est indissociable de cette autre religion qu’est la Consommation, elle-même à l’origine du problème écologique. Nous avons été esclaves de la religion, cela nous était réconfortant, mais nous voilà esclaves de la Consommation et de l’Écologie : ersatz et fausses panacées. Autant de tristes rituels pour se donner l’impression d’exister pleinement, d’être full présent, comme il est dit, et pour longtemps : rituels de consommation dits festifs afin de célébrer un mythe, le mythe « d’éternité » sous-tendu par l’Écologie. Peu de gens semblent avoir compris que l’Écologie est parce que la Consommation est. Tout comme les religions précédentes, l’Écologie confirme notre vision, encore là, anthropologique et réductionniste, parce que l’homo sapiens, la Terre, le Soleil auront une fin. Le Cosmos n’a pas besoin de nous, de même qu’il n’est pas là pour nous.

AFFIRMATION 172

Nous soumettant à ses volontés et lubies, pour ne pas dire niaiseries la consommation fait de nous l’esclave des temps modernes.

AFFIRMATION 151

Le rapport à la mort est devenu, pour une forte majorité, un stress chronique qui s’ajoute et surpasse tous les autres stress de nos sociétés postmodernes.

AFFIRMATION 48

« Aucun être ne peut se dissoudre dans le néant, l’éternité vit dans le tout ».

Les sages-femmes ont connu leur lot d’embûches avant d’être acceptées en ce qui a trait à « L’Aide à naître ». Pourtant l’objectif était plus que louable : alléger la douleur – à distinguer de souffrance – de la mère et de l’enfant à naître pour faire « accoucher la vie » le plus naturellement possible avec tous les avantages naturels que cela comporte. Il semble bien que l’Aide à mourir soit tout aussi problématique que l’Aide à naître. On ne naît pas seul alors pourquoi devrait-on mourir seul dans la douleur? Peut-être que si les médecins, avec l’appui de la communauté, comprenaient qu’ils ne viennent pas à l’encontre de leur serment en faisant « accoucher la mort », bref en aidant quelqu’un à poursuivre son voyage cosmique, que tout ce débat n’aurait pas sa raison d’être. À cause de notre anthropocentrisme la mort angoisse. La meilleure façon de mettre fin à cette angoisse de mort est de la fixer. Comment? En changeant notre échelle d’observation et en reconnaissant notre provenance, notre histoire, notre passé cosmique. À cet égard, je partage entièrement le point de vue d’un des plus grands physiciens contemporains, David Bohm (DAVID BOHM), à savoir que toute matière appartient à l’ordre impliqué où toutes les choses sont vivantes. Matière d’une durée de vie éternelle dont l’électron en constitue l’Âme en quelque sorte. Matière inscrite dans un holomouvement où l’énergie est entièrement concentrée dans la momentanéité de chaque instant. Ainsi, de conclure Bohm, « ce que nous appelons mort est une abstraction ».

AFFIRMATION 348

Qui plus est, sortir ainsi de son histoire, de son passé, en le niant, nous fait tomber dans le néant, conclut Jaspers.

AFFIRMATION 356

Nous retournerons, après notre mort, deux kilos de poussières d’étoiles au Cosmos lesquels participeront à notre Immortalité cosmique.

AFFIRMATION 383

Il s’agit que l’extase de notre existence soit en Gestalt c’est-à-dire qu’elle prenne forme avec le Cosmos en expansion.

La Liberté de premier degré advient après s’être libéré des limites héritées de l’enfance. Ces limites sont ontologiques, c'est-à-dire en lien avec notre obligation d’avoir à être avec les êtres et les choses du monde. La Liberté de second degré quant à elle, découle d’une prise de conscience que le temps tel que nous le concevons est une illusion anthropologique pour esquiver l’angoisse existentielle, angoisse de mort parce que seul l’humain est conscient comme il l’est que sa mort est inéluctable et que son avenir, comme humain, est sans avenir. Somme toute, il s’agit de se libérer du début de notre existence (mort du système parental-ontologique) et de sa fin (mort physique personnelle – ontique); mort et vie ne font qu’un. Notre âge, à chacun de nous, est de 13,7 milliards d’années. Notre corps est un vaisseau cosmique de 1026 atomes de poussières d’étoiles nous ayant permis de nous illusionner quelques décennies. En mourant, nous retournerons deux kilos de poussières d’étoiles à leur origine pour l’éternité, car ce qui a une vie éternelle voire perpétuelle c’est, nous l’avons déjà dit, l’électron. J’espère que la vue d’un ciel étoilé saura désormais vous être réconfortante et apaisante en pensant que le voyage cosmique se poursuit et qu’il vous reste encore bien des coins du Cosmos à visiter, par exemple, la galaxie d’Andromède située à 2,5 millions d’années-lumière de la Terre, à moins d’en provenir. Par comparaison, le Soleil de notre galaxie est situé à 8 minutes-lumière de la Terre.


**Les Affirmations du texte sont tirées du livre Liberté de Magella Potvin.