DE L’ESTHÉTIQUE À L’ÉTHIQUE



Le premier niveau de conscience ou de connaissance que l’on acquiert est dit esthétique. Selon Kierkegaard le stade esthétique, premier stade de l’existence, est suivi du stade éthique puis du stade religieux dans le sens ou religare signifie toujours être lié au monde, certes, mais d’une tout autre façon, c’est-à-dire suite à un retour effectué sur soi, le re du mot religare signifiant lui-même « retour à l’événement fondateur », donc après avoir passé d’un niveau de conscience esthétique à un niveau éthique.

L’esthétique concerne ce qui est perçu par les sens, on la nomme la science de la connaissance sensible.

Si l’esthétique concerne ce qui est perçu par les sens, l’éthique concerne les valeurs, voire le sens, là où une capacité délibérative surpasse la contrainte usuelle à l’origine, involontairement, d’un jugement, d’une prise de décision biaisée au départ. Ne sommes-nous pas, initialement, bien malgré nous, structurés aux goûts des autres? Le petit de l’humain n’est-il pas appelé à juste titre « rejeton »? En ce sens que nous sommes jetés dans un monde qui nous précède, qui nous servira de fondement et sur lequel nous n’avons aucun, mais aucun pouvoir. Bref, comme être dépendant, nous n’avons pas le choix de nous laisser absorber par notre environnement quel qu’il soit. Incapable de discerner entre bien et mal, nous nous structurons esthétiquement si je puis dire, soit aux goûts des autres donc. De toute la création, l’humain en est, à sa naissance, l’être le plus dépendant et le plus vulnérable d’où l’insécurité et l’angoisse vécues au maximum, pour le nourrisson, et cela, ses gênes le savent depuis 13,7 milliards d’années. Ainsi, notre personnalité, le « Je », l’ « Ego », le « Moi », plus spécifiquement ici, l’âme, se formera en fonction de cet environnement, et ce, infailliblement et inadéquatement quoique à des degrés divers pour tout un chacun. C’est ce qu’il est convenu de nommer, en théologie, le péché originel, péché signifiant « être coupé de la lumière ». Ainsi, possiblement, le fondement de nos origines nous coupe au départ de la Liberté, de la Sagesse. Ce qui fait que nous sommes tous, au départ, des pécheurs, des êtres initialement coupés de la lumière, lumière à la seconde puissance, pourrais-je dire, qu’apportera la conscience éthique. Toute existence humaine comporte trois dimensions inextricables en interrelation constante dans le temps : le spirituel ou l’immatériel, ce qu’il est convenu de nommer l’âme (les significations), le psychologique ou agitations de l’âme (les émotions) et le physique (les réactions corporelles). Concernant le temps, la notion de temporalité, s’il dure pour le monde inerte pour l’humain ce temps s’écoule entre passé et futur qui n’en sont que des extensions, on les pense. Ainsi le temps ne comporte qu’une seule dimension réelle, physique, le présent : le présent est donc contemporain de tous les temps. Or le temps joue, dépendamment des expériences vécues, sur l’instabilité de l’âme, qui plus est, pour chaque humain, de là son inconsistance pour ainsi dire, faisant de l’humain un être toujours dissemblable par rapport à lui-même d’où la possibilité de Liberté, d’une Volonté éclairée, bref d’une existence qui passe de simple présence à Présence.


L’existence commence par une contrainte absolue s’opposant par le fait même radicalement à toute Liberté.

La période de 0 à 12 ans, période de la connaissance sensible est donc également dite esthétique de même que physique, émotionnelle, passive et subjective. Incapable d’intégrer rationnellement ce qu’il y vit, la connaissance rationnelle, voire le mental n’étant pas encore acquis, l’enfant, telle une éponge, n’a pas de choix d’absorber jusqu’à prendre le faux pour le vrai. Si par exemple, lorsque j’avais six mois, mon frère de trois ans est décédé d’une leucémie après plusieurs mois de souffrance, il est fort compréhensible que la signification de ce drame, de cette fatalité qui m’est tombée dessus, conjointement vécue avec mes parents, m’ait fait vivre – faussement faut-il le préciser – celui-ci comme un abandon de leur part. Qui plus est lors d’une période cruciale de mon développement, et ce, même avec les meilleurs parents qui puissent être. Plus nous reculons dans le temps et plus l’enfant est fragile, donc d’autant plus vulnérable. En pareilles circonstances, sa jeune personnalité en formation, incapable d’intégrer qualitativement c’est-à-dire au niveau de la valeur, éthiquement donc, la signification d’un tel événement sera infailliblement fragilisé, créant, pour employer l’expression de Krishnamurti, une « fragmentation » de l’être; Sénèque quant à lui parlait d’une « fêlure » de l’être. Dès lors, des mécanismes de défense adaptatifs, parfois psychotiques, névrotiques, immatures, incluant la résilience, seront développés afin de survivre à pareille situation parce que le problème de l’être humain d’affirmer Heidegger, ce qui le constitue, voire sa détermination constitutive, somme toute, n’est-il pas « d’avoir-à-être », qui plus est « d’avoir-à-être-avec-autrui », l’existence étant toujours coexsitence. Cependant, si nous voilons notre histoire, d’affirmer Jaspers, elle vient nous surprendre à notre insu. Ces mécanismes de défense adaptatifs déposent un lustre sur cette « fragmentation » en jachère, en attente du moment où celle-ci pourra se révéler au grand jour; les ténèbres obscurcissant dès lors la lumière, lumière artificielle s’il en était une. Ceci parce que les mécanismes de défenses adaptatifs développés durant l’enfance assurant la survie pour ainsi dire, en tant que fuite, en tant que compensation, sont toujours illusoires et temporaires.

Les fuites équivalent à « lécher du miel sur le fil d’un rasoir ».

C’est à l’épreuve que revient la tâche de faire en sorte que cette « fragmentation » latente se fasse jour afin que, possiblement, il y ait «metanoïa», voire transformation de cet être- fragmenté donnant ainsi raison à Socrate et son « connais-toi toi-même » de même qu’à Confucius et Descartes trois millénaires plus tard pour qui « se vaincre plutôt soi-même que le monde ». L’épreuve c’est l’échec des mécanismes de défenses adaptatifs usuels; soit ils sont devenus sans effet, soit ils sont désormais sans accès ou les deux à la fois. L’origine du mot épreuve, son étymologie même (e = éloignement, preuve = vérité) vient nous rappeler à quel point l’on s’est illusionné, berné, trompé. L’épreuve place devant un choix : continuer comme avant ou changer des manières d’être habituelles ayant conduit à pareille situation soit celle d’être éprouvé, d’être souffrant. Pour tirer profit de la souffrance que génère l’épreuve et ainsi donner raison à Confucius pour qui « ce qui ne fait pas mourir doit faire grandir » de même qu’aux Écritures allant jusqu’à dire « heureux ceux qui souffrent » cela requiert une certaine dose d’humilité. Humilité pour enfin se décider à aller chercher l’aide nécessaire afin de tirer des leçons de ce vécu, lequel comme toute expérience vécue, comporte sa signification propre, et ainsi sortir grandi de l’épreuve. Quoiqu’il en soit demander de l’aide en pareilles circonstances est un indice de santé mentale.

Pourquoi donc avoir besoin d’aide? Parce si l’on s’est rendu à semblable situation d’être- éprouvé, d’être-souffrant, c’est que l’on n’avait pas soupçonné, non volontairement et non consciemment, je précise, donc de façon non responsable, s’être illusionné de la sorte. Personne ne veut d’un rhume, encore moins d’une quelconque perturbation psychique (dépression suite à une rupture amoureuse) ou physique (cancer conséquent à la perte d’un enfant). Voilà pourquoi il est difficile de se libérer soi-même, car si l’on avait su, on aurait évité pareille situation. C’est donc généralement en situation d’épreuve, grâce à l’aide d’une personne qualifiée en psychothérapie, de préférence, et à l’acquisition du mental soit le niveau de connaissance rationnelle acquise entre, de façon majoritaire, 12 et 15 ans, que l’âme au départ en dérive, de l’état brut qu’elle était peut, selon Hegel, « se raffiner » par un retour sur elle-même, « par une torsion de la volonté usuelle », fausse volonté, de dire Spinoza, et ainsi procéder par insight et se libérer enfin des limites initialement imposées par l’enfance. Moment privilégié pour fixer ces limites imposées par l’enfance et ainsi mettre fin à l’errance. L’insight étant un pas vers un au- delà du moi actuel, vers un soi à reconquérir. La santé mentale se valide dans des réponses, voire des mécanismes de défense adaptés, c’est-à-dire évolutifs et constructifs et à maintenir faut-il le préciser. D’ailleurs dans tous les récits de guérison n’est-il pas dit : « Vas et sois guéri », le verbe être ici employé à l’impératif, en ce sens que toute guérison, quelle qu’elle soit, est à maintenir par de nouvelles façons, de nouvelles manières d’être. Ce qui est promis n’est nullement une autre vie, mais la même vie quoique nouvellement vécue, rien de moins. Redonnons une fois pour toutes, le sens premier aux mots « résurrection » et « réincarnation ». Le premier voulant dire « se relever » et le second « prendre chair à nouveau ».


Les choses étant fixées nous pouvons entamer notre marche vers la Liberté, la Vérité, la Sagesse.

Platon d’ajouter que la victoire sur soi-même est, de toutes les victoires, en même temps la première à réaliser et aussi la plus belle.


La Liberté consistant dès lors pour l’éprouvé à réinterpréter, par lui-même, ces événements passés relatifs à son enfance ayant naturellement limité son ouverture libre et totale sur le monde, et ce, dans l’une ou plusieurs de toutes les sphères possibles de l’existence, qui plus est, à des degrés divers. La Liberté, véritable Liberté, ne provient jamais de l’extérieur, elle est en soi. Cette Liberté menant à une existence qui soit Présence survient lorsque l’esprit s’est purgé des limites imposées du passé. Le temps, avons-nous dit, est vécu simultanément dans une seule dimension, le présent, dimension physique s’il en est une. Passé et futur n’en sont que des extensions, on les pense, ils sont immatériels. Somme toute, passé et futur nous sortent du présent. En conséquence, lorsque l’esprit s’est purgé du passé, passé limitatif précisons-le, le futur, voire le devenir s’en trouve également purgé d’où la possibilité d’une existence qui soit désormais Présence; un présent vécu au présent comme quatrième dimension tel que l’affirmait Pascal. La Liberté implique une démarche pour retrouver le Soi initial non affecté par l’enfance. Le problème de l’adulte ayant en quelque sorte d’avoir été enfant et cela en gardant à l’esprit que les parents donnent toujours, quantitativement, leur meilleur. Ils donnent avec ce qu’ils ont eux-mêmes reçu à partir de ce qu’ils sont. Or, on fait les enfants – la génétique étant à son meilleur – bien avant avoir cheminé et avoir atteint Liberté, Sagesse et Maturité. Force est d’admettre qu’au plan qualitatif ce «meilleur parental» peut parfois être dysfonctionnel jusqu’au point d’être nettement pathologique. Voilà pourquoi l’on a fait naître Jésus d’une conception virginale. Événement donc qu’on ne peut changer certes, mais que l’on peut assurément transformer qualitativement, spirituellement, voire significativement.

Nous guérissons pour peu que nous nous séparons de notre enfance, d’ajouter Sénèque.

Se libérer des limites naturelles imposées par l’enfance et son niveau de conscience esthétique c’est se donner la possibilité d’accéder à une existence qui soit désormais Présence comparativement à une simple présence. L’homo reproductor a fait place à l’homo creator, et ce, grâce à ce que l’épreuve avait fait de cet être, momentanément fort heureusement, parce que parfois le risque peut être fatal, un homo destructor. Un tel être dont l’âme est désormais purifiée, raffinée n’est plus, tant dans son âme que dans son agir, marqué par la contrainte et l’ignorance héritées de la connaissance sensible avec son stade esthétique, il est devenu être de Volonté. Ce n’est que lorsque cette possibilité de Liberté s’est réalisée que la Volonté, une volonté éclairée, advient.

Selon Hegel, l’âme purifiée des impuretés de l’enfance est le fruit d’une évolution dialectique naturelle de l’esprit, au départ brute; l’âme se raffine.

Une volonté délibérative offrant dès lors la possibilité de pouvoir choisir entre le bien et le mal mettant ainsi fin à la contrainte forcée par les croyances héritées et ses illusoires « choix », son illusoire « volonté » ainsi que son illusoire « liberté » subies durant et depuis l’enfance. Pour choisir il faut à tout le moins deux options sinon l’on subit ce que la naissance impose au départ. Pouvoir choisir implique jugement de valeur et discernement, voilà l’éthique. L’éthique pose un regard non biaisé par la contrainte; elle est un regard à la deuxième puissance pour paraphraser Marcel. Un regard empreint de Sagesse du fait que l’on est en mesure de choisir entre le bien et le mal. Or, lorsque l’un est en mesure de procéder à une telle capacité de choisir, voire de délibérer, il est indubitable que l’on choisisse le bien plutôt que le mal. De là le propre d’une existence de plus en plus vertueuse. Le fait de subir, de passer une vie dans le « subissage » dirais-je, étant malheureusement le triste lot de toute une existence d’un grand nombre. Une volonté essentiellement de plus en plus vertueuse certes, mais à entretenir. En ce sens la méditation et le yoga en sont des outils incomparables pour ce faire. Que doit-on entendre exactement par yoga et méditation? Étant adepte de la méditation et du yoga depuis nombre d’années, ma réflexion est à l’effet que le yoga serait la partie physique, voire la corporéïsation de la méditation, laquelle en serait le versant mental, soit la mentalisation du yoga. Le but : la dissolution de la conscience incarnée acquise de l’enfance, conscience esthétique, le « Je », l’« Ego », le « Moi » dans la Conscience cosmique ou Pure Conscience. La Pure conscience est atteinte lorsque le mental cesse d’être affecté par le monde des objets par l’intermédiaire des sens de par leur fonction initialement grossière, brute, de là la non-dualité, la Présence. Dissolution qui n’a rien de négatif considérant qu’elle est une intégration, voire une réintégration, dans le sens de «retourner chez soi», de niveau absolu, c’est-à-dire avec la source de tous les mondes.

Ce qui est ici, en moi et autour de moi, est partout
Ce qui n’est pas ici n’est nulle part

Ainsi, il n’y a rien dans le corps et l’âme qui ne soit dans l’univers et vice versa. SHAKTI est la puissance cosmique manifestée de l’Esprit dans le corps où elle prend le nom de KUNDALINÎ comme manifestation du Macrocosme (l’univers) dans le Microcosme (le corps humain). C’est donc par la puissance de SHAKTI, l’Âme ou Conscience de l’Univers, que le corps existe. SHAKTI, comme Conscience cosmique énergétique, manifestée sous forme de matière et de mental, devient inévitablement, chez l’humain, une conscience conditionnée par le Karma, incluant l’enfance, où le Soi initial est déchiré en « Je », en « Ego », en « Moi ». La Conscience Pure, SHIVA, étant ainsi perdue. Dès lors, la perception et le jugement sont infailliblement faussés, le mental se prenant pour un « Je » donnant d’avance, illusoirement, la forme aux êtres, aux choses et aux phénomènes du monde quels qu’ils soient. Êtres, choses et phénomènes du monde, devenant produits de la conscience incarnée, esthétique au départ, font en sorte que l’« être conscient de... » lequel est le propre d’une conscience qui soit Présence libre et autogène se dilue en « avoir conscience de... » d’où l’instauration de la dualité initiale entre l’immanence (ce qui est propre à chacun) et la transcendance (ce qu’il fera de la réalité comme telle) d’où ses jugements préfabriqués d’avance, faux jugements, faut-il le préciser. Le yoga, conjointement avec la méditation, a pour but la dissolution du « Je », de l’« Ego », du « Moi » dans la Conscience Pure, SHIVA, d’où l’atteinte d’un mental, voire d’un jugement non affecté par les sens à leur état brut mettant ainsi fin à la dualité primale immanence/transcendance source de toutes les formes de dualités où les sens prenaient le dessus sur le sens : là où il n’y a pas de mental, il n’y a pas de limites. C’est par un travail sur les CHAKRAS regroupés sous la férule de SUSHUMNÂ, centres de conscience subtils, voire au-delà d’une conception plutôt grossière, en accord avec la loi dharmique, laquelle vise la contribution au dessein universel et dont le seul but est l’extase spirituelle, qu’une telle maîtrise de soi peut advenir. DHARMA étant la loi qui gouverne l’évolution, le dessein de l’univers, du Cosmos, le mot signifiant d’ailleurs ordre. L’extase de l’existence comme « sortie de soi » étant dès lors en harmonie, en Gestalt, avec l’expansion du Cosmos. Ainsi libéré, l’accès à la sérénité, à la félicité et à la béatitude émerge; se produit dès lors ce que l’astrophysicien Hubert Reeves nomme une « capacité d’émergence ». D’esthétique qu’elle était au départ la conscience devient éthique, l’être étant dès lors relié avec la source de tous les mondes, de tous les êtres en devenant de la sorte leur propre conscience si l’on peut dire. Un tel être n’a nul besoin de code d’éthique comme repaire étant lui-même repère par son agir éthique.

L’existence vertueuse affirmait Lao Tseu est bonté: bon avec les bons, bon avec les malintentionnés. Elle est loyauté : loyal face à la fidélité, loyal face à l’infidélité. N’ayant plus de conscience personnelle le Sage fait sienne la conscience d’autrui. Un tel Sage bouleverse l’esprit du peuple et l’unifie, et le peuple se tourne ainsi vers lui yeux et oreilles. Ainsi libérée une telle personne se doit de faire tout ce qu’elle peut humainement afin, préventivement et concrètement, d’aider enfants, adolescents, parents et tout humain de ce monde à accéder et à profiter au maximum de la Liberté, la Vérité, la Sagesse.

La vertu est un choix, un désir délibératif volontaire découlant d’une Sagesse pratique impliquant expérience et réflexion critique.

TRANSIRE BENEFACIENDO

« LA MONTAGNE »
Éloge de la différence
Allégorie sur la naissance possible d’un amour véritable




Voilà déjà quelques années que nous escaladons ensemble la montagne de l’existence, de l’existence-en-commun dans sa dimension relationnelle intime, voire amoureuse. À plusieurs reprises, incapable d’avancer, nous sommes retournés à des paliers inférieurs nous demandant parfois si le retour au camp de base, annuler l’expédition, ne serait pas la meilleure solution tellement l’aventure semblait improbable. Sans oublier ces chutes dans le vide, où, fort heureusement, nos ancrages et nos cordades ont tenu le coup. Mais nous voilà au sommet, pas au fond, au sommet dans le sens ou le plus difficile a été accompli faisant de nous des maîtres de la montagne. De cette hauteur, tout juste après avoir franchi le col le plus difficile, nous contemplons le chemin parcouru et celui à venir, l’autre versant, assurément plus facile à envisager. Nous aurions pu ne pas pouvoir franchir ce dernier col et y voir sombrer cette possibilité d’une existence-en-commun qui eût été inébranlable à jamais. Si nous avons atteint le sommet c’est donc que nous sommes rendus maîtres de la montagne, voire de notre existence-en-commun. Nous voilà donc rendus au point culminant où une question cruciale surgit : notre existence-en- commun vécue pendant l’ascension est-elle vouée à l’échec ou peut-elle être le gage de la réussite d’une existence-en- commun à venir durable? Ne pouvant demeurer sur le sommet, nous devons forcément répondre à cette question pour entamer notre descente, mais vers quel versant. Choisir le versant de la montée, cette fois en solitaire, sera certes plus difficile, plus risqué. Choisir ensemble lautre versant pour la descente avec l’assurance que le chemin parcouru procure, soit de pouvoir désormais compter l’un sur l’autre à jamais, semble assurément envisageable et moins risqué. Consentir à redescendre ce versant ensemble c’est nous engager à la sollicitude mutuelle dans le sens de « se soucier de... d’être concerné par » cet autre qui m’est si différent, c’est engager notre pensée et notre action pour le bien-être de l’autre. Si l’objectif du départ était le sommet de la montagne, il est désormais, avec la sollicitude, l’atteinte d’une existence-en-commun au quotidien vécue dans l’harmonie, la plénitude.




TRANSIRE BENEFACIENDO

(aller en faisant le bien) 




S’engager et se comporter de la sorte fait que soi-même on se sente bien parce qu’ayant fait le bien : on devient ce que l’on pense, ce que l’on fait, ce que l’on est, l’existence devenant dès lors Présence comparativement à une simple présence. L’Amour n’a pas à être nommé, il est à bâtir, à construire sur des bases solides lesquelles incluent : volonté, confiance, complicité, fidélité, fierté, dialogue, respect, liberté... ce que l’ascension de la montagne a su mettre à l’épreuve. Les gens qui font la Montagne on les nomme «Portageurs» dans le sens où chacun doit pouvoir, inconditionnellement, s’appuyer sur l’autre, compter sur l’autre, se soucier de l’autre certes, mais dans le sens également où le matériel y est partagé entre chacun avec son savoir spécifique : l’un est spécialiste des communications, l’un de la météo, l’autre de l’aspect médical, etc. C’est pour cela qu’ils se tiennent, qu’ils ne font qu’un en quelque sorte. C’est cette différence imposée et assumée au départ qui assure le succès d’une telle expédition. Or c’est la différence assumée et contrôlée qui est le substrat de toute forme d’énergie comme le vent auquel on oppose les pales de l’éolienne, comme l’eau à laquelle on oppose les pales de la turbine. De toutes ces oppositions surgit une énergie propre, durable, renouvelable. Au plan relationnel humain, cette énergie c’est l’Amour, rien de moins. Ainsi, l’Amour serait éco-énergétique. Prenons donc l’engagement sur ce sommet, de concilier nos différences, de les laisser produire au gré du temps l’énergie, l’éco-énergie qu’est l’Amour. Avec une telle énergie, nous sommes tellement différents toi et moi, la lumière, lumière véritable, saura éclairer notre route une fois redescendus sur la terre ferme. L’Amour, si on le veut véritable et durable, doit avoir été épuré sinon il risque de s’écrouler au moindre faux pas tel un ancrage mal fixé, et ce, malgré serment, promesse et engagement. L’assurance tire son essence non pas des croyances, mais de la sagesse que l’on a su tirer des expériences passées. 


« Bad beginnings always have nices endings » 




Voici une magnifique chanson de Gene Watson:
« Take Me As I Am » (Prend-moi comme je suis)







YOGA ET MÉDITATION


Que doit-on entendre exactement par yoga et méditation? Étant adepte de la méditation et du yoga depuis nombre d’années, ma réflexion est à l’effet que le yoga serait la partie physique, voire la corporéïsation de la méditation, laquelle en serait le versant mental, soit la mentalisation du yoga. Le but : la dissolution de la conscience incarnée, le « Je », l’«Ego», dans la Conscience cosmique ou Pure Conscience. La Pure conscience est atteinte lorsque le mental est empêché d’être affecté par le monde des objets par l’intermédiaire des sens de par leur fonction grossière, brute, de là la non-dualité, la Présence. Dissolution qui n’a rien de négatif considérant qu’elle est une intégration, voire une réintégration, dans le sens de « retourner chez soi », de niveau absolu, c’est-à-dire avec la source de tous les mondes.


Ce qui est ici est partout 
Ce qui n’est pas ici n’est nulle part


Ainsi, il n’y a rien dans le corps qui ne soit dans l’univers et vice versa. SHAKTI est la puissance cosmique manifestée de l’Esprit dans le corps où elle prend le nom KUNDALINÎ comme manifestation du Macrocosme (l’univers) dans le Microcosme (le corps humain). C’est donc par la puissance de SHAKTI, l’Âme ou Conscience de l’Univers, que le corps existe. SHAKTI, comme Conscience cosmique énergétique, manifestée sous forme de matière et de mental, devient inévitablement, chez l’humain, une conscience conditionnée par le Karma où le Soi initial est déchiré en « Je », en « Ego ». La Conscience Pure, SHIVA, étant ainsi perdue. Dès lors, la perception est faussée, le mental se prenant pour un « Je » donnant d’avance, illusoirement, la forme aux êtres et aux choses du monde. Les êtres et les choses du monde, devenant produits de la conscience incarnée, font en sorte que l’« être conscient de... » lequel est le propre d’une conscience qui soit Présence libre et autogène se diluent en « avoir conscience de... » d’où l’instauration de la dualité initiale entre l’immanence et la transcendance. Le yoga, conjointement avec la méditation, a pour but la dissolution du « Je », de l’« Ego », dans la Conscience Pure, SHIVA, d’où l’atteinte d’un mental non affecté par les sens à leur état brut mettant ainsi fin à la dualité primale, source de toutes les formes de dualités : là où il n’y a pas de mental, il n’y a pas de limites. C’est par un travail sur les CHAKRAS regroupés sous la férule de SUSHUMNÂ, centres de conscience subtils, voire au-delà d’une conception plutôt grossière, en accord avec la loi dharmique, laquelle vise la contribution au dessein universel, qu’une telle maîtrise de soi peut advenir. DHARMA étant la loi qui gouverne l’évolution de l’univers. 

Ainsi libéré, l’accès à la sérénité, à la félicité et à la béatitude substrat à un bonheur durable émerge. 


J'OUBLIAIS...



J'oubliais quelque chose...

Pour fêter mon repos bien mérité (et surtout plusieurs semaines de travail ardu), j'ai décidé, avec mes collaborateurs et collaboratrices, de vous faire un petit cadeau. Pour la période estivale, comme les ventes de mon livre Liberté ont été bonnes et qu'il me reste encore quelques copies avant de faire la ré-édition, je vous propose la version papier à seulement à 29,99$ et le format numérique à seulement 14,99$.

Je vous invite, comme toujours, à écouter mes Balados et à visiter ma chaîne Youtube.

Encore une fois, je vous souhaite un bon été et surtout beaucoup de bonheur.

Bonne lecture!

« MAUDIT BONHEUR »


(Photo: michelrivard.ca)

Pour ceux qui peuvent le faire, je vous recommande d’écouter d’abord les paroles de cette magnifique chanson, plutôt réaliste, de Michel Rivard. C’est donc sur le fond de cette pièce que je présente mon dernier billet avant la saison estivale. L’idée m’est venue suite à une discussion avec une collaboratrice qui me faisait remarquer qu’il serait peut-être souhaitable et pertinent que le mot bonheur apparaisse sur la page couverture de mon dernier volume LIBERTÉ - De l’illusion à la réalité et dont le titre pourrait justement être Cheminement vers le bonheur. Cela pour la simple et bonne raison que le bonheur, bonheur véritable, passe d’abord par la LIBERTÉ. Mon texte sera concis, cependant toutes les réponses à cette quête du bonheur se trouvent dans ce livre. Rivard traite le bonheur de « maudit sans-cœur » avec raison, parce que pour nombre de personnes, le bonheur qu’elles vivaient, bonheur illusoire bien souvent, leur brise le cœur; et de là, le chanteur en rajoute en le qualifiant de « sacré voleur ». Envahi par la souffrance, le temps vécu par ces personnes « flouées » par le bonheur se brise, se rupture, il perd sa fluidité; leur présent se fige les faisant se projeter entre passé et futur, vivant désormais dans un présent virtuel, utopique parfois.

Le temps s’arrête

C’est l’appel du silence, impossible de parler 

Le temps t’arrête

C’est l’éternelle souffrance, impossible d’ignorer 

(Tiré du poème Là où le vent souffle, p. 341) 
L’amour d’une personne, d’une idéologie ou d’un objet ne doit pas faire souffrir autant. Si tel est le cas, c’est que l’on aimait, certes, mais mal; ne reconnaît-on pas l’arbre à ses fruits? Le bonheur véritable ou le fait d’être heureux constamment est-il possible? Le bonheur ne peut pas être d’une constance inébranlable. Comme être humain, être-de-relation et être-avec-autrui, nous établissons obligatoirement des relations avec nos semblables : l’existence humaine est fondamentalement coexistence sinon la schizophrénie peut parfois être évoquée avec raison. Cette coexistence se vit dans des relations parentales, filiales, conjugales, amicales et professionnelles lesquelles relations sont, justement, de façon générale, sources de bonheur. Or, l’être humain que nous sommes n’est pas objet, mais projet et l’âme humaine, essence de l’existence, est ainsi en constante mutation. Toute existence humaine comporte trois dimensions inextricables en interrelation constante dans le temps : le spirituel ou l’immatériel, ce qu’il est convenu de nommer l’âme (les significations), le psychologique ou agitations de l’âme (les émotions) et le physique (les réactions corporelles). 


Concernant le temps, la notion de temporalité, s’il dure pour le monde inerte pour l’humain ce temps s’écoule entre passé et futur et joue sur l’instabilité de l’âme, son inconstance pour ainsi dire. Dès lors, deux êtres qui vivraient au même diapason peuvent ne plus l’être quelques années, quelques décennies plus tard. Et ce, sans oublier que la mort, celle de nos proches ainsi que notre propre mort, peut venir tarir le bonheur vécu, que cette faucheuse qu’est la mort soit réelle ou simplement anticipée. Ainsi, des ruptures et des pertes tels accidents, maladies, décès (vécus ou simplement anticipés), séparation, départ des enfants, déboires financiers et professionnels sont inévitables avec leur lot de souffrance affectant d’autant notre bonheur. Accepter dexister cest aussi accepter de souffrir éventuellement. Et Rivard de dire : « Maudit bonheur, tu t’es poussé ? » Peut-on se prémunir face à de tels événements prévisibles et incontournables, où le bonheur se pousse pour ainsi dire, afin de ne pas sombrer, de ne pas être aspiré dans la spirale de la souffrance frôlant parfois les sentiments de désespoir et d’impuissance? Attention, il ne s’agit pas ici de se couper de tous nos affects, le propre de la schizophrénie, mais d’avoir intégré d’avance, certaines vérités existentielles. La première consiste à se libérer de l’impression de durée afin que l’existence, de simple présence qu’elle était, devienne Présence : vivre sans crainte et sans espérance. 

AFFIRMATION 46

La Liberté consiste en un rendez-vous perpétuel avec le Présent.


La Présence est le propre d’une existence où passé (souvenirs) et futur (désirs) n’ont plus d’emprise négative ou limitative sur notre façon d’être, d’exister, bref d’entrer en relation sous le mode de la dépendance, de la symbiose parfois source de bonheur certes, mais avec en certaines occasions une dose mortelle de malheur : trois suicides par jour au Québec en témoignent. Pour avoir mis fin à la dualité passé/futur, à cette division du temps qui gruge dans la Présence, il faut avoir mis fin au murmure intérieur entre passé et futur, voire s’être libéré de leur poids limitatif quant à notre capacité de Présence. Plus le passé et le futur interviennent dans l’espace du Présent, moins nous sommes là : dès lors la Présence qui devrait être se transforme en simple présence. C’est d’ailleurs là une caractéristique de l’existence humaine, étant projective, voire «sortie de soi» l’humain, contrairement à un objet, peut être là sans être là. L’Absence envahit, dès lors, le champ de la Présence. Si tel est le cas, le bonheur, bonheur illusoire pour combler l’absence, le vide, se « ramène le bout du nez... tout pomponné » de chanter Rivard. Pour s’éviter de sombrer dans des bonheurs illusoires, il nous faut d’abord et avant tout avoir atteint sérénité, félicité, béatitude, et ce, par un travail sur soi, ce qui ne se produit cependant qu’après que le bonheur, ce « maudit menteur », nous ait dupé quelques fois : c’est ce que mon volume enseigne Liberté. Ce n’est qu’une fois libéré que nous pouvons établir des relations saines, libres, matures, bref de vivre la plénitude avec la multitude. Dans un tel contexte, la souffrance occasionnée par la rupture d’une relation saine ne nous est pas exemptée, mais sera atténuée, voire édulcorée, car nous étions déjà HEUREUX avant. Cette souffrance sera subjuguée par la béatitude, la félicité, la sérénité de notre âme ayant déjà cours. Cette relation ayant été vécue librement et sainement elle ne peut qu’être source de réconfort, d’apaisement. Même terminée, cette relation ne meurt jamais parce qu’elle nous a fait grandir si je puis dire et elle se perpétue tant que nous existerons pour la conscientiser; nous avons aimé de façon constructive et évolutive, bref sainement. 

Accéder à une existence qui soit Présence n’est pas consentir à une vie ascétique, bien au contraire. Une existence ainsi vécue fait que vous profitez pleinement et librement, sans peur et sans crainte aucunes, de chaque instant, ici-maintenant, parce que le présent n’est plus dilué par le jeu du passé et du futur il est véritablement Présent. Voilà pourquoi il est dit : « Soignez d’abord l’intérieur – ce qui signifie la purification, voire la libération de l’âme afin d’accéder à la Présence et le reste vous sera donné par surcroît. »


AFFIRMATION 99
Lorsque passé et futur n’ont plus d’emprise limitative sur le présent il devient Présent : 
voilà la quatrième dimension.



Je vous souhaite un été de bonheur!



QUAND LES HUMORISTES RIENT JAUNE



Quel débat futile que celui concernant les humoristes. De façon fallacieuse, le débat est ramené à la liberté d’expression, voire à une seule dimension que comporterait la Liberté d’expression. Clarifions une chose : être libre de s’exprimer c’est également être responsable, on ne peut pas isoler ces deux notions, ce sont les deux côtés d’une seule médaille. Être libre et responsable c’est, en même temps que je vais m’exprimer, accepter d’avance toutes les conséquences de mes gestes. Si je tiens à m’exprimer, comme humoriste ou comme politicien, par exemple, c’est que j’admets du même coup que je vis en société : l’existence – ici celle d’un humoriste – est toujours coexistence. L’individuel et le collectif sont également les deux côtés d’une même médaille. M’exprimer, peu importe le domaine d’activité, m’engage donc socialement. Or, vivre en société c’est devoir incontestablement accepter son cadre légal. Les humoristes peuvent tout dire et rien ne peut les arrêter. Il est également interdit de tuer et de conduire en état débriété et pourtant! Cependant, ils ne peuvent pas avoir le beurre et l’argent du beurre. Si eux ont des droits, socialement nous en avons également et ils peuvent donc être, en certains cas, censurés et, en d’autres cas, sanctionnés. Nombre de personnalités québécoises ont dit des choses, dans leur domaine respectif, dans le but de leurrer, d’abuser, de blesser, qui ont été source de grandes souffrances pour nombre de personnes et ils ont été sanctionnés. Au plan financier, quelqu’un m’avait parlé d’un certain Vincent Lacrosse, au niveau municipal, Gilles Vaillanfourre et au plan sexuel, Guy Cloupied, je crois.

Une personne ainsi libre et responsable se censurera d’elle-même à moins de ne pas être vraiment intelligente. Selon moi, il y a une énorme différence entre quelqu’un de brillant et ce que j’ai juste nommé comme l’intelligence. L’érudition est le propre de quelqu’un qui sait beaucoup de choses et qui possède une grande facilité en ce qui concerne la pensée dite rationnelle. Généralement, on dit de cette personne qu’elle est brillante. C’est là le propre de l’érudition : une forme de connaissances que permet la physiologie de certains cerveaux, un talent en quelque sorte tel le sens de l’humour. L’intelligence est autre chose. Elle est la résultante de ma façon de m’entendre en toute sagesse avec le monde, comment je réagis, comment je m’approprie cette relation avec le monde quant à l’utilisation de ce talent et faut-il le rappeler, où la parole, parole sensée, sera l’articulation de cette relation. L’intelligence est une réalisation pragmatique, c’est-à-dire à partir de l’expérience et non à partir d’un savoir discursif, ce qui relève de l’érudition. Elle implique relation, réflexion, compréhension, interprétation et articulation de l’expérience vécue dans une visée de plus en plus vertueuse. Elle émerge d’une volonté éclairée, d’une capacité délibérative de choisir, un choix cependant orienté vers le beau, le bien, le bon du plus grand nombre. Il n’est donc pas besoin d’être brillant pour être intelligent, mais on peut cependant être brillant sans nécessairement être intelligent. On peut être ni l’un ni l’autre comme on peut être les deux à la fois. Pour bien camper cette différence, je vais vous donner quelques noms afin de vous laisser aller au jeu suivant. À la lecture de chacun des noms, répondez : « brillant et intelligent », « brillant ou intelligent », « brillant mais pas nécessairement intelligent », « intelligent mais pas nécessairement brillant » ou « ni l’un ni l’autre » : Sylvio Berlusconi (ex-président, Italie), Julie Payette (astronaute, Canada), Barack Obama (président, États-Unis), Michel Louvain (chanteur, Québec), Martin Luther King (pasteur, États-Unis), Conrad Black (financier, Angleterre), Dominique Strauss-Kahn (ex- président du FMI, France), Nelson Mandela (homme politique d’Afrique du Sud), Mike Ward, (humoriste, Québec). L’argent peut parfois, malheureusement, se substituer à tout cela. On pourrait dire, sans se tromper, que le fait d’être brillant est physique, alors que l’intelligence relève, elle, d’un certain rapport de sens touchant nos relations avec le monde, plus précisément ici avec l’autre : l’existence étant toujours coexistence. Ce qu’il y a de plus questionnant, face à ces humoristes sarcastiques, je précise, est l’engouement d’un grand nombre de Québécois pour ce genre d’humour. Permettez-moi de vous rappeler quun consensus populaire peut donner à la folie un aspect de normalité, de réalité. 



AFFIRMATION 97
Sénèque de nous rappeler que si la
raison est utilisée en nuisant,
voire en éloignant de la Vérité, l’humain
est pire que l’animal
qui n’en a pas.


On me dira que la rigolothérapie, de ce genre je précise, a sa place. Le problème est que là on est plus dans l’humour, mais dans le sarcasme. Comme la parole est la manifestation de l’âme, l’analyse de ces tristes personnages et ceux qui les cautionnent nous apprendrait sûrement beaucoup sur leur enfance, leur histoire, leur passé, leur essence, leur âme quoi!



AFFIRMATION 297
Plus qu’un phénomène linguistique,
la parole est la manifestation
de l’essence de l’être.


Si cela vous fait du bien de payer pour entendre de telle insanités, votre âme se nourrit de peu de choses, que dis-je, de tristes choses. Ce qu’il vous faut c’est une thérapie tout court.


AFFIRMATION 185

La santé mentale se valide dans des réponses,
voire des mécanismes de défense adaptés,
c’est-à-dire évolutifs et constructifs.


**Les Affirmations du texte sont tirées du livre Liberté de Magella Potvin.

LA SANTÉ DES QUÉBÉCOIS : POUR UN NOUVEAU CONTRAT SOCIAL PATIENTS-SOIGNANTS





Mon propos ne porte pas sur les statistiques alarmantes concernant la santé que nous observons tous. Cette évidente observation démontre à elle seule que nous sommes face à un problème de taille, tant au plan médical que sociétal : de plus en plus de problèmes de santé à des coûts de plus en plus élevés. Une mise en garde cependant, en aucun cas je prétends que toutes les maladies sont en lien avec des deuils, des souffrances non intégrées. Si vous avez travaillé quarante ans dans une salle de cuve d’une aluminerie ou à l’extraction minière de l’amiante, c’est une évidence que vous avez malheureusement plus de chances de développer un cancer de la vessie ou du poumon que quiconque n’ayant pas travaillé dans un tel environnement. De même si, en 1986, vous étiez dans l’environnement où a eu lieu la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, il se peut également très bien que vous développiez une leucémie. À cela s’ajoute nombre de maladies héréditaires et congénitales. Enfin la pollution, sous tous ses aspects, de l’air que l’on respire à la nourriture que l’on mange, constitue un facteur aggravant concernant les risques de développer une quelconque maladie. Cependant, lorsqu’une patiente de 36 ans vient me consulter suite à un diagnostic de cancer de l’ovaire six mois après la noyade de sa fille de trois ans et demi dans la piscine familiale il y a lieu de se laisser interpeller par son vécu. La psychoneuroimmunologie s’est intéressée depuis plusieurs décennies au lien épreuves  émotions  système immunitaire  maladies et c’est par la suite que des approches qualitatives en santé ont été souhaitées afin d’intégrer le sujet malade et son vécu, approche que je préconise et que je pratique depuis plus de 22 ans. Mais pourquoi donc dans une société postmoderne comme le Québec, où des conduites salutogènes, conduites propres à améliorer la santé comme la prévention, l’information, l’éducation, etc., sont légion, pourquoi donc y a-t-il tant de gens malades? Selon ma compréhension, la réponse réside, entre autres, dans la relation patient-soignant. Posons d’abord notre réflexion sur notre médecine.

Notre médecine s’occupe à soigner le corps malade et elle le fait très bien, indiscutablement bien. Mais notre médecine considère peu ou pas l’être, son existence en sa globalité, auquel appartient ce corps. Non pas qu’elle ne veuille pas, elle ne peut tout simplement pas considérer l’être-malade parce qu’elle n’en a pas les compétences. L’existence de tout être humain, donc de cet être-humain-malade n’est pas qu’uniquement physique, corporelle. Toute existence humaine comporte trois dimensions inextricables en interrelation constante dans le temps : le spirituel ou l’immatériel, ce qu’il est convenu de nommer l’âme (les significations), le psychologique ou agitations de l’âme (les émotions) et le physique (les réactions corporelles). 

AFFIRMATION 141

Corps, psyché, spiritualité et temporalité constituent un tout unifié et inséparable.

AFFIRMATION 289

L’équilibre physique du corps tient de l’équilibre de l’esprit, de l’âme.


Cette considération atrophiée du concept d’existence de l’être-malade de la part de la médecine traditionnelle fait en sorte que sa compréhension en est partielle, avec des diagnostics partiels, des interventions partielles et, infailliblement, des résultats partiels et temporaires. S’ensuivent récidives et rechutes comme si celles-ci étaient vitales pour lêtre-malade, un cri du corps nayant pas été compris initialement. Bien des maladies au départ fonctionnelles ayant été « soignées » par une petite pilule ayant pour fonction de rééquilibrer le système hormonal temporairement et illusoirement donc se transforment en maladies lésionnelles, en nécroses d’organes (cancers de toutes sortes, cardiopathie acquises diverses, etc.). On a très bien soigné, mais on n’a pas guéri parce que la guérison permanente exige plus. On nous dit que l’on guérit du cancer de plus en plus. Le fait est qu’après cinq ans de rémission vous sortez des statistiques associées à ce type de cancer. Malheureusement, grand nombre de patients meurent d’une récidive, mais d’un autre type de cancer.

Gertrude est venue me consulter in extremis à 52 ans, je suis oncopsychologue, conséquemment à un diagnostic de cancer du poumon avec étendue métastatique au foie et aux os, un pronostic de survie de quelques mois. Le modèle thérapeutique développé dans ma thèse doctorale, modèle répondant aux approches qualitatives souhaitées, fait en sorte que j’ai besoin de connaître, avant toute chose, l’histoire de vie, l’histoire intérieure, voire l’âme de mon patient, et ce, en totalité. Il n’y a aucun déni ni banalisation de ma part du mal psychologique (dépression) ou physique (cancer) dont mon patient est atteint et je suis intraitable sur un point : il faut traiter ce corps malade avec ce que la médecine offre pour ce faire. Cependant, il faut pousser l’analyse plus loin. Le corps n’est que le médium physique de l’existence, il la réalise, l’actualise dans sa totalité: la maladie comme la santé est tridimensionnelle. Pourquoi donc s’intéresser au vécu, au passé, à l’âme? Parce que c’est dans cette histoire de vie, unique, que se trouve la réponse à la maladie. Mais pour accéder à l’histoire de vie du patient, il faut qu’il se sente écouté, qu’il ait toute la place et la seule façon c’est par laccueil, la confiance et la parole. 

AFFIRMATION 180

Parler n’a de sens que s’il y a quelqu’un pour entendre.



Or, si les réponses à sa maladie sont en lui, les réponses au retour à la santé le sont également. La maladie n’est pas une entité existant d’elle-même, elle se greffe sur une personne, elle surgit dans l’existence de cette personne, auparavant en santé faut-il le préciser. Or, il n’y a pas deux âmes identiques non plus deux existences identiques, ce qui fait qu’il n’y a pas deux maladies identiques. Pourtant tout le monde est soigné de la même façon : chimiothérapie, Lipitor, Effexor, etc. et c’est exactement pour cela qu’on ne guérit pas, on traite le symptôme point, la cime du mal et non sa racine. Revenant à ma patiente donnée en exemple, son histoire de vie révélait qu’à 42 ans, soit 10 ans auparavant, elle avait subi une tumorectomie pour une tumeur bénigne au sein. Après l’opération, le médecin lui donna son congé en lui disant : « Oubliez ça, madame, il n’y a plus rien, tout est beau. », ce qu’elle fit. Cinq ans plus tard, elle fit une récidive, mais plus grave cette fois : mastectomie radicale avec la même consigne, soit d’oublier ça. Quatre ans plus tard, une deuxième récidive qui l’amène à me consulter suite aux conseils d’une amie ayant elle-même consulté et dont la santé (maladie de Crohn) s’était remarquablement améliorée, même après plusieurs années suivant la thérapie. Lorsque je collige l’histoire de vie d’un patient, il y a, entre autres, une question très révélatrice où je lui demande de me fournir les trois plus beaux événements de sa vie et, aussi, les trois pires. En regard des pires événements Gertrude n’a pas nommé le cancer qui allait l’emporter dans les mois suivants, mais comme pire événement de sa vie, elle nommera sa relation à sa fille. C’était là nommer son cancer. Une relation dysfonctionnelle, malsaine, mais d’une façon incomparable, voire pathologique. 

AFFIRMATION 177

Car c’est là, dans le passé, que résident les clés de la guérison.

On ne fait pas une tumeur au sein comme ça à 42 ans sans raison, sauf, tout comme je l’ai expliqué en entrée, si une raison génétique en lien avec les gênes BRCA1 et BRCA2 est en cause. Il est cependant parfois moins compromettant de laisser le soin de sa guérison à une pilule ou à une chirurgie que de faire face à la réalité de ce que l’on vit avec ce que cela comporterait comme confrontation, de ruptures inenvisageables parfois. Qui plus est, on ne meurt généralement pas d’une tumeur primaire, on meurt de son étendue métastatique. Mais peut-on penser un instant que si le médecin traitant avait conseillé à ma patiente de se questionner à savoir pourquoi elle avait développé cette tumeur du sein à 42 ans, peut-on penser que cela aurait pu changer quelque chose? Jamais je ne pourrais le démontrer, et cela est hors de question dans une approche humaniste telle que je la pratique, que c’est grâce à la thérapie que tel ou tel patient a recouvré la santé. L’Analyse Existentielle est une approche qualitative et non quantitative ce qui exclut hypothèses, déductions, prévisions et reproductibilité. Je demeure convaincu, 22 ans d’expertise me le confirment, que si cette femme m’avait été référée pour consultation à 42 ans, suite à sa tumeur bénigne, je l’aurais amenée à se protéger des affects négatifs (colère, culpabilité, déception, honte...) occasionnés par ce stress chronique, de cela je n’ai aucun doute. Stress chronique occasionné par une dépendance, naturelle et compréhensive d’une mère à sa fille, mais combien pathologique en ce cas-ci. Or, il est admis depuis longtemps que de tels stress ont un impact négatif sur le système immunitaire (immunodéficience) d’où les résultats sur la santé psychologique et physique que l’on connaît. Conséquemment, elle serait probablement encore vivante.

AFFIRMATION 213

Ainsi plus nous sommes dépendants et plus nous risquons d’être éprouvés, donc de souffrir.

AFFIRMATION 260

L’épreuve cause une rupture dans la fluidité de l’existence faisant de nous un mort-vivant.


À tout le moins, j’ai contribué, compte tenu de l’irréversibilité de son état, à ce qu’elle meure en toute sérénité. Ma thérapie ne pouvant en être uniquement une de confrontation, dans le sens où j’amène le patient à réaliser que sa maladie était en quelque sorte conditionnée, non volontairement et non consciemment cela va de soi, celle-ci a donc débordé dans une thérapie d’accompagnement à la mort. Voilà pourquoi j’ai aimé et j’aime toujours ma profession. Dans tous les cas, je me sens aidant, utile, humain d’une façon qui frôle parfois l’indicible. Si je change la vie de mes patients pour mieux, eux font de même pour moi. C’est ce que l’on nomme Gestalt soit la quête d’être du patient qui coïncide avec celle du thérapeute dans un ici-maintenant incomparable quelque peu surnaturel, je dirais.

Enfin en quoi les patients sont-ils concernés dans ce constat d’échec de notre médecine à guérir? Comme patient vous devez contribuer à votre guérison en aidant ceux qui vous soignent (médecins, infirmières, pharmaciens, ...) à poser un meilleur diagnostic, un diagnostic non plus partiel, mais global de sorte qu’il porte sur toutes les dimensions de l’existence, votre existence. Ces soignants sont des professionnels qui ont à cœur notre santé. Faites-vous confiance et faites-leur confiance, ce sont des professionnels. S’ils ne sont pas en mesure d’écouter et d’intervenir face à vos doléances, ils sauront vous orienter aux bonnes ressources. Vous avez une part de responsabilité dans votre guérison. Il n’y a pas de honte à dire que l’on souffre, le reconnaître et aller chercher l’aide requise est un indice de santé mentale. 

AFFIRMATION 185

La santé mentale se valide dans des réponses, voire des mécanismes de défense adaptés, c’est-à-dire évolutifs et constructifs.


Il faut que patients et soignants comprennent, admettent et s’engagent mutuellement à ce que la relation patient-soignant fasse l’objet d’un nouveau partenariat dont la finalité est un meilleur diagnostic pour de meilleurs résultats. Un nouveau paradigme où nous pourrions désormais parler de développement durable en matière de santé, de soigner et de guérir aussi. 

AFFIRMATION 155

C’est quand même étonnant, on parle de développement durable partout, sauf lorsque ça concerne l’être humain.



**Les Affirmations du texte sont tirées du livre Liberté de Magella Potvin.

© MagellaPotvin.com 2016.

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